Dans un marché des engrais instable, la fertirrigation de précision n'est plus une option

Pour les producteurs, les engrais ont toujours constitué l'un des intrants les plus importants et les plus coûteux. Aujourd'hui, ils sont aussi parmi les plus imprévisibles.
Les prix sont devenus plus volatils, les chaînes d'approvisionnement restent exposées aux chocs géopolitiques et énergétiques, et les marges sont sous pression pour de nombreuses cultures et régions. On demande aux agriculteurs de produire davantage avec une efficacité accrue, tout en gérant des coûts d'intrants susceptibles de varier rapidement et considérablement d'une saison à l'autre.

Dans ce contexte, la gestion de la fertirrigation ne peut plus être considérée comme une simple tâche opérationnelle de routine. Chaque kilogramme apporté doit être utilisé de manière optimale et atteindre la culture au bon moment et à la bonne dose pour soutenir le rendement, sans gaspillage inutile.

Historiquement, le pilotage de l'irrigation et la gestion de la fertilisation étaient souvent assurés par des systèmes distincts : l'un déterminait le moment de l'apport en eau, tandis que l'autre régissait l'injection des nutriments. En pratique, toutefois, ces décisions sont étroitement liées. Le calendrier d'irrigation influence la disponibilité des nutriments, tandis que la stratégie nutritionnelle oriente souvent les décisions d'irrigation.

L'irrigation au goutte-à-goutte a été le moteur de la transition vers l'irrigation de précision. Elle a également transformé les pratiques de fertirrigation, faisant passer l'apport quantitatif à une fertirrigation proportionnelle — ou « alimentation fractionnée » (spoon-feeding) — permettant aux producteurs d'apporter eau et nutriments avec précision, en fonction des besoins réels de la culture.

C'est pourquoi la fertirrigation revêt une importance croissante. En apportant les nutriments via les systèmes d'irrigation, les producteurs peuvent distribuer des engrais en doses plus faibles et plus ciblées, ajustant ainsi la nutrition au plus près des besoins réels de la culture.

Le bien-fondé agronomique est déjà largement démontré. Une méta-analyse mondiale d'essais de fertirrigation portant sur diverses cultures a révélé que, par rapport aux méthodes conventionnelles d'irrigation et de fertilisation, la fertirrigation augmentait les rendements moyens de 20 %, l'efficacité de l'utilisation des nutriments de 26 % et la productivité de l'eau de 51 % (WUE – Water Use Efficiency). Ces résultats s'expliquent en grande partie par un accès plus régulier des cultures à l'eau et aux nutriments tout au long du cycle de croissance.

Mais l'argument économique devient tout aussi convaincant. Lorsque les prix des engrais sont instables, l'efficacité ne constitue pas seulement une priorité environnementale ou agronomique ; elle représente un levier direct de réduction des coûts, aidant les producteurs à diminuer les dépenses inutiles en intrants tout en préservant le potentiel de rendement.

Ces avantages ont contribué à faire de la fertirrigation une pratique courante dans une grande partie de l'horticulture, des cultures sous abri, des vergers et, de plus en plus, dans les exploitations de grandes cultures. L'introduction d'engrais dans un système d'irrigation ne représente plus un défi technique ; les producteurs ont résolu ce problème il y a des années. La question qui se pose désormais aux exploitations agricoles est celle d'une gestion efficace de la nutrition dans un contexte où les calendriers d'irrigation, les besoins des cultures et les conditions d'exploitation deviennent de plus en plus variables.

 

La précision est essentielle lorsque chaque intrant compte

Cela s'explique en partie par le fait que l'irrigation elle-même a considérablement évolué au cours de la dernière décennie. Désormais, les apports d'eau sont de plus en plus répartis sur une grande partie de la journée afin de maintenir des conditions plus stables au niveau de la zone racinaire et d'optimiser l'utilisation des ressources. Si cette évolution a apporté des avantages agronomiques indéniables, elle a également modifié la donne en matière de gestion. Les stratégies de fertirrigation conçues pour des cycles d'irrigation courts ne sont pas toujours transposables telles quelles à des systèmes fonctionnant sur des périodes beaucoup plus longues.

Tout agriculteur ayant dû gérer une culture au cours d'une saison difficile sait que les besoins en nutriments suivent rarement un calendrier linéaire. L'absorption varie tout au long de la saison, influencée par l'humidité du sol, les conditions de la zone racinaire, la température, le stade de développement de la culture et le moment de l'irrigation. Une méthode efficace en début de saison peut s'avérer inadaptée quelques semaines plus tard. Même au sein d'une même parcelle, les conditions peuvent évoluer en fonction des changements météorologiques ou de l'accélération des besoins de la culture.

C'est ici que la précision entre en jeu. Plutôt que d'épandre des engrais en doses concentrées en espérant que la culture les assimilera efficacement, les producteurs privilégient de plus en plus des stratégies de dosage proportionnel. Celles-ci permettent de répartir les nutriments sur l'ensemble des cycles d'irrigation et d'ajuster les apports en fonction de l'évolution des besoins des plantes.

La logique est simple : lorsque les engrais sont coûteux et leur disponibilité incertaine, le gaspillage devient difficile à justifier. Une meilleure maîtrise du calendrier, de la répartition et du dosage permet de réduire les excès, d'améliorer l'absorption des nutriments et d'aider les producteurs à préserver à la fois leur productivité et leur rentabilité.

Ces enjeux sont cruciaux, car les défis auxquels les producteurs font face ne sont pas passagers. Les marchés des engrais continueront d'être influencés par les coûts de l'énergie, les perturbations des échanges commerciaux, les réglementations et les incertitudes géopolitiques. La pénurie d'eau continuera de dicter les décisions en matière d'irrigation. Enfin, les contraintes liées à la main-d'œuvre inciteront les exploitations à adopter des méthodes de travail plus efficaces, plus fiables et plus automatisées.

 

L'eau et les nutriments doivent être gérés comme un système unique

Ce lien ne justifie pas seulement le recours à la fertirrigation ; il détermine également la manière dont celle-ci doit être gérée concrètement.

Pour les cultures, l'apport en eau et la nutrition ne constituent pas des processus distincts. La disponibilité des nutriments dépend du mouvement de l'eau, des conditions au niveau de la zone racinaire et du calendrier d'irrigation. De même, les décisions en matière d'irrigation influencent l'efficacité de l'absorption des engrais par la plante. C'est pourquoi l'avenir de la fertirrigation ne se résume pas à l'ajout de technologies supplémentaires dans les exploitations agricoles. Il s'agit de relier des décisions intrinsèquement liées et d'offrir aux producteurs un moyen plus clair et plus pratique de les gérer.


Crédit photo : Netafim - "L'irrigation au goutte-à-goutte a été le moteur de la transition vers l'irrigation de précision"

 

Une gestion intégrée de l'irrigation et de la fertirrigation répond à un besoin fondamental : réduire le nombre de systèmes déconnectés, obtenir une meilleure visibilité sur ce qui se passe au champ et garantir une application coordonnée de l'eau et des nutriments.

Des recherches récentes vont dans le même sens. Une étude publiée dans la revue *Applied Water Science* a mis en évidence les avantages d'une gestion coordonnée de l'eau et des nutriments en fonction des besoins des cultures, plutôt que de les traiter comme des décisions agronomiques distinctes.

Les initiatives du secteur reflètent de plus en plus cette évolution. Les travaux menés par Netafim sur la fertirrigation de précision et l'efficacité de l'utilisation de l'eau visent à aider les producteurs à gérer l'irrigation et la nutrition comme des éléments interconnectés d'un même système agronomique, plutôt que comme des tâches opérationnelles séparées.

Toutefois, l'innovation ne suffit pas si les systèmes ne sont pas fiables sur le terrain. Cette fiabilité est une condition sine qua non, qu'il s'agisse de faire face à la poussière, à la chaleur, à l'humidité, à une connectivité instable ou à de longues périodes de fonctionnement.

 

Transformer l'incertitude liée aux engrais en une meilleure maîtrise

Alors que les engrais deviennent plus coûteux et leur disponibilité plus imprévisible, les producteurs ont besoin d'outils et de solutions leur permettant d'apporter les nutriments avec une plus grande précision et moins de gaspillage. La fertirrigation de précision leur offre un moyen de transformer l'incertitude en une meilleure maîtrise, non pas en réduisant systématiquement la quantité d'engrais, mais en optimisant leur efficacité.

La fertirrigation a révolutionné le mode d'apport des nutriments. L'étape suivante consiste à transformer leur gestion. Dans un marché marqué par la volatilité et le resserrement des marges, cette évolution n'est plus facultative ; elle devient un élément clé de l'avenir d'une agriculture efficace et résiliente.