Les fortes précipitations enregistrées en février ont profondément modifié la situation hydrologique en France. Selon le dernier bulletin du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), publié le 10 mars, ces pluies ont permis une recharge « exceptionnelle » des nappes phréatiques sur une large partie du territoire, y compris dans des zones structurellement déficitaires comme les Pyrénées-Orientales.
Après plusieurs mois d’incertitude sur l’état des ressources en eau souterraine, la dynamique observée cet hiver marque un net rééquilibrage. Les épisodes pluvieux intenses de février — responsables par ailleurs d’inondations dans plusieurs régions — ont fortement alimenté les aquifères. Aujourd’hui, 24 % des nappes affichent un niveau très haut, un indicateur jugé « exceptionnel » par le BRGM.
Dans l’ensemble, la situation est désormais qualifiée d’« excédentaire » sur près des trois quarts du territoire. « Seules quelques nappes du quart nord-est présentent encore des niveaux modérément bas, mais la tendance reste à l’amélioration », souligne l’établissement dans son bulletin de situation au 1er mars.
Fait notable pour les acteurs de l’eau et du monde agricole : les nappes des Pyrénées-Orientales, affectées par plusieurs années de sécheresse chronique, montrent enfin des signes de rétablissement. Début mars, leurs niveaux repassent au-dessus des normales saisonnières, une situation qui ne s’était plus produite depuis quatre ans.
Une recharge hivernale très active
Selon Météo-France, février 2026 constitue le mois de février le plus pluvieux enregistré depuis 1959. Cette succession de perturbations a favorisé une recharge particulièrement dynamique des nappes.
Le BRGM indique ainsi que 84 % des nappes étaient en hausse début mars, contre 56 % seulement un mois plus tôt. Pour les gestionnaires de la ressource en eau, cette évolution constitue un signal positif après plusieurs saisons marquées par des déficits hydriques récurrents.
Ces niveaux élevés devraient permettre de repousser les tensions hydriques à court terme. « Les bons niveaux observés actuellement devraient retarder, voire éviter, les situations de sécheresse dans les prochains mois », a indiqué l’hydrogéologue Violaine Bault lors d’un point presse.
Des perspectives encore dépendantes des pluies de printemps
La recharge hivernale touche cependant à sa fin. Avec l’augmentation des températures et la reprise de la végétation, les précipitations sont désormais davantage captées par les sols et les plantes, limitant l’alimentation des nappes souterraines.
Si les tendances actuelles se confirmaient, certaines nappes pourraient entamer plus tôt que prévu leur phase de vidange. La région Grand-Est, où plusieurs aquifères restent encore déficitaires, demeure particulièrement surveillée.
Pour les nappes dites « réactives », qui se remplissent rapidement après les épisodes pluvieux, le BRGM se montre néanmoins relativement confiant à court terme. Les précipitations printanières seront toutefois déterminantes pour maintenir des niveaux supérieurs aux normales aussi longtemps que possible.
La situation reste plus incertaine pour les nappes inertielles, plus profondes et caractérisées par des temps de réponse plus longs. Dans certaines régions, l’infiltration des pluies de février se poursuit encore. Mais pour ces réservoirs souterrains stratégiques, les perspectives pour l’été 2026 demeurent difficiles à anticiper.
Dans ce contexte, la recharge exceptionnelle observée cet hiver constitue un signal encourageant pour les territoires et les filières fortement dépendantes de la ressource en eau — agriculture irriguée en tête — tout en rappelant la nécessité de maintenir une gestion prudente face à une variabilité climatique de plus en plus marquée.