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production de fraises hors-sol

Je me rends dans le Lot-et Garonne et suis accueilli à la gare d’Aiguillon par M. Girardi, ancien producteur de fraise et maire de la commune. M. Girardi me raconte alors comment le Lot-et-Garonne est devenu le premier département français producteur de fraises.

Le Lot-et-Garonne est un département très agricole  car il rassemble de nombreuses qualités : il y a beaucoup d’eau (trois fleuves s’y rencontrent : le Lot, la Garonne et la Baïse), peu boisé, et qui a connu une forte immigration, d’Italie, du Portugal et de Pologne. C’est aujourd’hui le département agricole le plus diversifié de France, avec plus de 70 productions différentes.

 

Le Lot-et-Garonne premier département français producteur de fraises

Le Lot-et-Garonne représente 28 % de la production française de fraise, juste devant la Dordogne, les deux départements représentant  à eux seuls plus de 50 % de la production.

M. Girardi est un descendant d’immigrés italiens. Il a hérité de la ferme  familiale et a commencé à produire de la fraise dans les années 80. Après plusieurs voyages, aux Pays Bas puis en Argentine notamment, il ramène la technique de la production hors sol. Grâce à cela, son exploitation est devenue beaucoup plus productive, et il a pu, en produisant de la gariguette hors-sol et en se positionnant sur la qualité, contrer la redoutable concurrence espagnole. En 1991, il se diversifie en créant l’entreprise CB Fruisier, qui produit des plants de fraises ; il  fournit également du matériel d’irrigation goutte-à-goutte et de chauffage pour serres qu’il vend aux agriculteurs de la région.

En 2001, M. Girardi et ses amis prennent la présidence de la Chambre d’Agriculture et soutiennent les agriculteurs du département. Agri Abri, une entité proche du crédit agricole,  fournit alors des prêts à de nombreux agriculteurs de la région pour qu’ils s’équipent en abris ; entre 200 et 300 agriculteurs en ont bénéficié et produisent  aujourd’hui en hors sol. Ils produisent de la fraise, mais aussi du poivron, de l’aubergine … Cette production hors sol est devenue un moteur de développement pour le département.

 

Nous nous rendons ensemble  chez Bernard Stédile, un  producteur de fraises.

M. Stédile a une exploitation agricole de taille importante, au bord du Lot. C’est un agro-industriel qui emploie 55 personnes, dont 10 CDI;  Il cultive 6.5 hectares de fraise, 18 hectares de kiwi, 5.5 hectares de prune de table, du maïs, de la betterave et quelques agrumes …... Il a également développé un espace pour produire des plants de fraises.

Nous nous dirigeons au bord du fleuve. Il explique « Le Lot a failli déborder, lors de la crue en février . Et la rive s’est décrochée ». En effet, depuis 30 ans, l’entretien des bords de rivière est fonctionnarisé et les agriculteurs n’ont pas le droit de couper les arbres en bord de rivière. Certains arbres deviennent très grands et très lourds, et lorsque le niveau de la rivière monte, ils se décrochent et emportent la rive avec eux.

Heureusement, le Lot n’a pas débordé et les cultures de M. Bernard Stédile sont intactes, contrairement à certains agriculteurs du coin qui se trouvent au bord de la Garonne, et dont les parcelles ont été entièrement inondées. Le Lot est une rivière dont le cours est beaucoup plus régulé que celui de la Garonne, fleuve complètement sauvage. Grâce à un système de barrage construit dans les années 80, le Lot ne déborde pas et il y a toujours de l’eau dans le fleuve. Par ailleurs, l’eau qui vient du massif central, de très bonne qualité et pas chargée.

M. Stédile utilise cette eau pour l’arrosage de ses fraises et autres cultures. Et il reprend « si l’on n’avait pas produit de fraises hors sol, on ne produirait plus de fraises en France aujourd’hui ».

Nous nous dirigeons vers une des serres dans laquelle sont produites les fameuses gariguettes. Les rangées de fraises sont surélevées, et produites dans des petits sachets bancs qui contiennent un mélange de terreau et de fibre de coco qui retient l’humidité ; Elles sont irriguées avec de la gaine goutte à goutte qui apporte de l’eau et des nutriments. La gaine est remplacée chaque année. Sous les petits sacs blancs, il y a des trous qui permettent de récupérer l’eau et de la réinjecter dans le circuit.

Le fait qu’il n’y ait pas de terre protège les plantes des maladies, et il n’est ainsi pas nécessaire d’utiliser d’insecticides. En revanche, M. Stédile lâche des petits insectes qui vont manger les pucerons. Un peu plus loin, je vois une ruche qui a la forme d’un grand carton blanc de laquelle s’échappent des bourdons, dont le rôle est de polliniser les fleurs.

 La production de fraise se fait entre le 15 janvier et le 15 juin. Dans les différentes serres, les plants de fraises n’en sont pas au même point de développement, ce qui permet un échelonnement du travail de ramassage et de proposer des fraises pendant .6  mois de l’année.   Le travail de ramassage est effectué par des marocains qui reviennent chaque année en CDD. Les mois de plus forte activité pour l’exploitation sont mars, avril, mai et juin.

Nous nous dirigeons ensuite vers une petite pièce où se trouvent le système de filtration le système de fertilisation, la chaudière (car les serres sont chauffées) et trois cuves dans lesquelles se trouvent les solutions nutritives à base d’oligo-élements et de NPK (Azote, Phosphore, Potassium).

Les fraises de M. Stédile sont vendues à la grande distribution.

 

Une indispensable diversification des cultures :

Nous sortons de la serre et nous dirigeons vers les plantations de kiwi. Les kiwis sont des cultures délicates, cultivées en pleine terre,  au système racinaire très fragile. Il leur faut des sols riches, filtrants. Les plantations en bord de rivière sont idéales.

Les kiwis sont arrosés par micro-jet sous frondaison. Les plantations sont aussi équipées de filets paragrêle et d’un système de protection anti-gel par le dessus.

Notre agriculteur est également équipé de sondes qui le guident dans son irrigation.

Les kiwis sont une plante délicate qui souffre à la fois si elles ont trop d’eau, ou si elles n’en n’ont pas assez. Le ramassage se fait en août - septembre, ce qui complète bien la culture de fraise.

La production de kiwi a chuté depuis quelques années, car ils ont reçu trop d’eau et ont été asphyxiés.

 

M. Stédile conclue « La clé du succès d’une exploitation agricole est la diversification des cultures. Une exploitation en monoculture n’est pas viable aujourd’hui ».