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Sencrop, une startup de l’AgTech

Martin Ducroquet et Michaël Bruniaux se sont rencontrés à Euratechnologies, le plus grand incubateur d’Europe, basé à Lille, en France. Martin a grandi dans une famille d’agriculteurs. Diplômé d’une école de commerce, il a créé une première entreprise dans la Food Tech. Quant à Michael, il est ingénieur en génie électrique et informatique. Il a aussi fondé une autre entreprise dans l’AgTech. Conscients de leurs complémentarités, ils s’associent et fondent Sencrop en 2016.

Le produit qui a fait leur succès : des solutions collabo­ratives basées sur la collecte de données agro-météo. Des stations météo installées directement sur les parcelles des agriculteurs remontent des données multiples (pluvio­métrie, température, humidité de l’air, vitesse du vent) toutes les 15 minutes vers l’application Sencrop installée sur le téléphone et l’ordinateur des agriculteurs. Ces informations permettent aux exploitants d’organiser leur journée culturale, de réduire les intrants en fréquence et en quantité selon les conditions météorologiques, d’établir des alertes pour des conditions météo particulières comme le gel, et des bilans en fin de campagne.

 

Un développement très rapide

En 2016, Michaël et Martin lancent leur premier produit généraliste, le Raincrop, pluviomètre connecté qui fournit des données ultra-locales et fiables, indispensa­bles dans le cadre d’une agriculture de précision : cumul de pluie, températures, humidité, températures humi­des et point de rosée. Dans un premier temps, le produit est vendu à des producteurs de pommes de terre dans le Nord de la France.

En 2017, le Raincrop remporte un prix au Sima qui lui donnera une forte notoriété et de nouvelles perspec­tives de développement. L’aspect collaboratif du produit, sa facilité d’utilisation et son bas prix ont séduit les organisateurs du salon. Sencrop s’ouvre alors aux marchés des céréales, des betteraves et du maïs.

Après le gros épisode de gel du printemps 2017, Sencrop rentre dans le Val de Loire et commence à équiper les viticulteurs. Par ailleurs, l’entreprise démarre son développement à l’international sur le marché très Tech des Pays Bas.

En 2018, Sencrop poursuit son développement à l’international en déployant des équipes commerciales au Royaume-Uni et en Espagne.

En 2019, Sencrop se lance sur le marché de l’arbori­culture, dans le sud de la France et en Espagne. Ils obtiennent une importante levée de fonds de 10 mil­lions de dollars qui permet à nos deux fondateurs de pour­suivre leur développement : le nombre de salariés double (de 20 à 40 salariés).

En 2019 ils obtiennent une médaille au Sival pour le Leafcrop : capteur d’humectation qui permet aux agriculteurs, viticulteurs et arboriculteurs d’obtenir des mesures précises et fiables depuis le cœur des vergers ou des vignes. Ces données, envoyées directement sur l’application, aident à lutter contre les maladies (mildiou, oïdium, tavelure…), savoir quand traiter les parcelles, et prévenir les risques de gelées grâce à un système d’alertes paramétrables.

En 2020, Sencrop acquiert Visio-Green Agriculture, une branche du groupe Latitude GPS dédiée aux solutions connectées pour l'agriculture. Cette fusion permet à Sencrop de construire un réseau unique de plus de 21 000 stations, le plus important d'Europe occidentale.

En 2020 également, l’entreprise déménage dans les locaux actuels, non loin de l’incubateur.

Aujourd’hui, Sencrop emploie 80 salariés, dont 30 % de femmes ; la moyenne d’âge est de 27 ans.

L’entreprise compte plus de 300 réseaux (du syndicat de vignerons aux syndicat d’irrigants, des GDV ou CETA aux coopératives, négoces, chambres d’agriculture…) et 25 000 sta­tions météo installées dans 7 pays européens : France, Pays-Bas, Belgique, Allemagne, Grande Bretagne, Italie et Espagne. Leurs clients agriculteurs ont des profils très divers : viticulteurs, arboriculteurs ou céréaliers, ils travaillent en conventionnel ou en bio, et la taille de leurs exploitations est très variable.

 

En 2022, Sencrop lance Irricrop

Irricrop est l’un des trois piliers, trois types problèmes récurrents auxquels doivent faire face les agriculteurs aujourd’hui : les conditions météo et les risques comme les gelées ou autres évènements climatiques locaux ; les risques de maladie et de ravageurs ; la gestion du stress hydrique et l’optimisation de l’irrigation.

« L’irrigation fait sens face aux problématiques des agriculteurs européens » explique Martin Ducroquet. « De plus, 30 à 35 % de nos clients sont des irrigants ».

En Europe, 25 % des prélèvements d'eau douce sont consommés par l'agriculture et 70 % de l'irrigation se fait par aspersion. En 2010, la Commission européenne a estimé que l'Europe pouvait réduire sa consommation d'eau de 40 % en optimisant les systèmes d'irrigation.

C’est pour cela que nos startupers ont décidé de développer Irricrop, une station météo complète  connectée à une application permettant  à l’agriculteur de mesurer les besoins en eau de sa parcelle.

Le pack consiste en trois stations météo connectées à l’application Sencrop :

• Le RainCrop, pluviomètre connecté conçu pour obtenir des mesures de précision issues des parcelles concernant les cumuls de pluie, les températures, le taux d’humidité, la température humide et le point de rosée.

• Le Windcrop, anémomètre connecté qui se met au service d’une agriculture de précision, efficace et soucieuse des recommandations européennes. Il fournit aux agriculteurs des données agro-climatiques précises et ultra-locales concernant la vitesse et la direction du vent, ainsi que les rafales. Les données récoltées permettent de prévoir les conditions météorologiques favorables aux pulvérisations.

• Enfin, la nouveauté de cette année, le Solarcrop, qui mesure l’irradiance, c’est-à-dire le rayonnement solaire ou l’énergie reçue par le champ et la culture.

« Ces trois outils permettent de calculer l’évapo­transpiration potentielle ou ETP de la parcelle » explique Bruno Boissenin, l’ingénieur qui a développé le SolarCrop.

Pour mémoire, l'évapotranspiration potentielle d'un sol est définie comme la quantité d'évaporation qui pourrait se produire en cas d'appro­visionnement en eau suffisant. Comme pour les précipitations (pluie, neige, etc.), l'évapotranspi­ration s'évalue en hauteur d'eau équivalente sur une période donnée (exemple : mm par an, par mois, par , par heure dans notre cas pour modéliser les cycles jour/nuit).

L’agriculteur doit ensuite ajouter dans son application une donnée très importante : la composition  de son sol (teneur en pourcentage d‘argile, de limon, et de sable).

Enfin, il doit également préciser le type de culture de sa parcelle. Vincent Munoz, concepteur produit chez Sencrop qui a développé l’application explique : « On a utilisé la base de données de la FAO couplant le type de culture et les besoins en eau en fonction des régions et du type de sol ».

La collecte de la data, l’observation et les prévisions météos sont couplées dans l’interface de l’application.

L’agriculteur dispose alors d’un résumé des données sur son téléphone mobile ou son ordinateur : y apparaît le nom de la parcelle et le type de culture, la quantité d’eau disponible dans le sol, l’évapotranspiration, les précipitations et l’irrigation en mm par jour. Et en dessous, un graphique très convivial lui montre l’évolution de la quantité d’eau dans sa parcelle. Dès qu’il sort de la zone verte et qu’il s’approche de la zone jaune, il sait qu’il faut irriguer.

« L’application lui indique quand sa parcelle est en stress hydrique » explique Vincent. Et il précise : « un agriculteur qui a du blé et du maïs aura un conseil d’irrigation par culture ».

Le pack complet coûte 1 400 € et l’abonnement est de 400 € par an pour l’application.

 

Où placer la station météo dans l’exploitation ?

Le positionnement de la station météo dans l’exploita­tion est également très important. On peut n’avoir qu’une seule station pour une exploitation ; il faut alors  la placer loin des obstacles. En revanche, s’il y a des obstacles comme une forêt, une rivière ou qu’une partie de l’exploitation est en altitude, cela change la donne et il faudra peut-être installer plusieurs stations météo pour plus de précision.

Pourquoi ne pas avoir plutôt développé une sonde capacitive, pour avoir de vraies mesures de ce qu’il se passe réellement dans le sol ?

« C’est une question que les agriculteurs nous posent souvent », explique Martin.

En premier lieu, Michaël et Martin ont voulu privilégier la simplicité d’utilisation pour les agriculteurs. Or les sondes tensiométriques ou capacitives sont complexes à installer. Il faut déclarer le type de sol dans lequel on est et donc faire attention de mettre la sonde là où l’on a fait le prélèvement. L’utilisation de sondes doit être maitrisée, ce qui n’est pas à la portée de tous les agriculteurs.

Par ailleurs, même avec une sonde, le conseil à l’agriculteur reste un calcul. C’est en fonction du type de sol dans lequel on se trouve que l’agriculteur recevra des conseils agronomiques et d’irrigation.

Sencrop a tout de même passé un accord de coopération avec Corhize et propose des sondes en complément d’Irricrop. Actuellement, si les agriculteurs le demandent, nous pouvons leur proposer les tensiomètres.

Sencrop dispose de 25 000 stations météos installées en Europe, et toutes les données remontent et sont traitées dans l’application. Par ailleurs, Sencrop dispose d’un portefeuille clients de 300 grands comptes, regroupant des grou­pements agricoles, des coopératives, des associations d’irrigants…

En plus d’avoir un conseil personnalisé pour la gestion de leurs cultures, les agriculteurs sont connectés à des partenaires extérieurs et ont accès à énormément de données sur des marchés très divers.

Le développement de l’entreprise a été très rapide, en seulement 6 ans. Les clés du succès de Sencrop : un produit simple d’utilisation, au prix accessible, et une communauté d’agriculteurs européens connectés qui partagent leurs données agronomiques.