Sécheresse : la France presque entière sous surveillance, du jamais-vu depuis 2013

Avec les épisodes de chaleur qui se succèdent et l’absence durable de précipitations, le déficit d’humidité des sols atteint des niveaux exceptionnels. La sécheresse s'étend en France avec 98 départements concernés par une mise sous surveillance pouvant faire l'objet de restrictions de l'usage de l'eau, indique lundi le site gouvernemental VigiEau. Un record depuis au moins 2013, en plein épisode de fortes chaleurs pour la troisième fois en moins de deux mois.

Dans le détail, 42 départements sont en situation de « crise », 27 en « alerte renforcée », et 16 en « alerte ». Ils peuvent tous faire l'objet de restrictions par arrêtés préfectoraux. Treize autres sont en « vigilance », dont Paris, et ne sont pas concernés à ce stade par des restrictions. Les alertes ne concernent pas automatiquement l’ensemble du département touché par la mise sous surveillance, et ne concernent même parfois que quelques zones à l’intérieur du département, à l’instar du Morbihan et des Pyrénées-Orientales. En outre-mer, la Guadeloupe et la Martinique sont en «alerte », tandis que la Réunion est en « alerte renforcée ».

n début d’été très peu arrosé

« Avec les vagues de chaleur et canicules qui se succèdent et l’absence durable de précipitations, à l’exception de quelques orages », l’humidité des sols pourrait atteindre « un niveau exceptionnel, comparable à celui de l’été 1976, référence historique en matière de sécheresse en France», indiquait la semaine dernière Cyrille Duchesne, météorologue à la chaine météo. Selon lui en effet « depuis le 1er juin, les pluies sont restées très insuffisantes sur une grande partie du pays. Les quelques orages observés localement ont pu apporter un soulagement très ponctuel, mais sans amélioration durable. Ils ont souvent été trop isolés, trop brefs ou trop irréguliers pour recharger réellement les sols ». Parmi les exemples cités, les villes comme Saumur, Cognac, Toulouse, Nantes, Paris ou Dijon, où le déficit pluviométrique atteint parfois -60 à -80 %.

Lors d’un point presse sur la gestion interministérielle de crise lundi, Damien Lamotte, directeur adjoint à la direction de l’Eau et de la Biodiversité au sein du ministère de la Transition écologique, a ainsi évoqué « trois sécheresses qui s’enchaînent » : une sécheresse des sols « généralisée sur l’ensemble du territoire avec les conséquences observées sur les végétaux » « une pression de la demande, des prélèvements dans les cours d’eau » qui connaissent eux aussi une baisse généralisée et une sécheresse « qu’on retrouve une fois tous les 20 ans » ; puis des nappes phréatiques sous surveillance elles aussi, puisque quasiment toutes sont en baisse et la moitié d’entre elles présentent des niveaux sous les normales au 1er juillet, selon le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM).

 

Appel à la «sobriété des usages»

Face à l’augmentation du nombre de départements touchés par la sécheresse, le gouvernement a ainsi annoncé lundi renforcer le dispositif national de gestion de la sécheresse. « Une instruction interministérielle (...) prévoit notamment la réunion des comités “ressource en eau” dans chaque département, une prise rapide des arrêtés de restriction dès le franchissement des seuils, des contrôles renforcés et un suivi hebdomadaire de la situation à l’échelle des bassins hydrographiques », a écrit le ministère de la Transition écologique dans un communiqué. « Selon le niveau de gravité de la situation locale, ces arrêtés peuvent prévoir des restrictions sur l’irrigation agricole, le remplissage des piscines privées, le lavage des véhicules, l’arrosage des jardins ou encore certains usages industriels », précise-t-il. 201 arrêtés préfectoraux sont actuellement en vigueur. La Nouvelle Aquitaine est la région la plus touchée, avec 11 départements sur 12 placés en crise.

L’enjeu de ces mesures est de « préserver les usages d’accès à l’eau potable ainsi que les usages de santé et de sécurité civile », a rappelé Damien Lamotte, alors que le gouvernement « anticipe une situation qui a vocation à s’aggraver dans les semaines qui viennent avec des restrictions vraisemblablement accrues compte tenu des prévisions météorologiques, et une demande qui reste toujours très forte ». Les autorités appellent également à la « sobriété des usages », relayée par les préfets dans chacun des départements, avec des messages de « bon sens » comme arroser en soirée plutôt que la journée ou privilégier les douches au bain.

Concernant l’eau potable, la situation « n’est pas à proprement parler inquiétante », a assuré Damien Lamotte lors du point presse. Une centaine d’unités de distribution d’eau (sur 16 000) sont sous tension au niveau national. « Mais il faut rester vigilant », a-t-il conclu.