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Le Golf du Cap d’Agde arrosé avec des eaux usées traitées

La mairie a opté pour un système de traitement par ultrafiltration membranaire pour l’extension de la station d’épuration.
Compte tenu de la pression sur la ressource hydrique en été, la mairie d’Agde a fini par obtenir l’autorisation d’arroser avec les eaux usées de la ville.

Préserver 250 000 à 300 000 mètres cubes d’eau potable par an. C’est l’enjeu du projet de réutilisation des eaux traitées engagé par la communauté d’Agglomération Hérault Méditerranée pour l’irrigation du Golf municipal de la commune d’Agde. Un défi de taille.

 

Le golf avant les travaux Ouvert depuis 1989, le golf international du Cap d’Agde de 18 trous réalisé par l’architecte américain Ronald Fream s’étend sur environ 78 hectares. Compte tenu du succès et de la hausse de fréquentation du golf, 9 trous ont été ajoutés à l’ensemble en 2003. Aujourd’hui, les golfeurs ont à leur disposition 3 parcours de 9 trous : Azur, Alize, Volcan. La superficie totale du golf est de 115 hectares. Le golf dispose d’une retenue d’eau à ciel ouvert d’une capacité de 5000 m3. Elle est alimentée par une canalisation d’eau potable et par les eaux pluviales de la ville d’Agde. Depuis cette retenue, l’eau est pompée par une station de pompage équipée de 5 pompes de 80 m3/h et acheminée dans un réseau d’arrosage de 40 km de long pour le 18 trous initial, complété par 15 km de réseau pour l’extension. En 2014-2015, les consommations en eau potable du golf représentaient 329 000 m3/an, dont plus de 260 000 m3 par an pour l’irrigation. L’arrosage du golf permettait à peine d’assurer la pousse du gazon, et certaines zones présentaient des déficits en eau durant l’année. Raccordement aux eaux usées de la ville Compte tenu de la pression sur la ressource hydrique en été, la mairie d’Agde a fini par obtenir l’autorisation d’arroser avec les eaux usées de la ville. Un projet sur lequel les services de la ville ont planché pendant 5 ans, et qui a finalement rencontré une issue favorable. Ceci grâce à une évolution de la législation avec notamment la possibilité de pratiquer l’aspersion avec de la basse pression à proximité des habitations et l’encadrement des conditions météorologiques. Autre levier pour la réalisation du projet : l’appui financier de l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse. Celle-ci a soutenu 80 % du montant total du projet atteignant 5,5 millions d’Euros HT. Les 20 % restant étant à la charge de la Lyonnaise des eaux. La mairie a opté pour un système de traitement par ultrafiltration membranaire pour l’extension de la station d’épuration. Ce procédé novateur permet d’utiliser les eaux usées regroupant tous les critères en terme de qualité de baignade en sortie de station d’épuration. Amplement suffisant pour l’arrosage d’un golf, d’autant qu’un système supplémentaire de chloration a été installé. Sans l’ultra­filtration membranaire, le projet n’aurait jamais vu le jour. La station d’épuration de la commune d’Agde se trouve à 2,5 kilomètres du golf. La lyonnaise des eaux a installé une conduite de 3 kilomètres pour relier la station d’épuration au golf, des pompes refoulant les eaux usées traitées vers un réservoir de 1600 m3 aménagé sur le golf. Ce réservoir se remplit en permanence (auto-remplissage). Tout ce qui se trouve à proximité des habitations, à deux portées d’arroseurs (soit à peu près 50 mètres), ne peut pas être arrosé avec des eaux usées, car c’est interdit. Par ailleurs, au nom du principe de précaution, on ne peut pas allumer les asperseurs avec plus de 20 km/h de vent, afin de ne pas mouiller les habitations voisines. Ainsi, la retenue d’eau à ciel ouvert, alimentée par une canalisation d’eau potable, a été conservée et on bascule en eau potable lorsque ces cas se présentent. On est dans la configuration d’un système mixte. Une nouvelle installation d’arrosage Les arroseurs étaient vieux de 30 ans, et l’installation en PVC collée, était incompatible avec l’utilisation d’eau usée traitée. L’installation d’arrosage doit par conséquent être entièrement refaite. Les travaux sont réalisés en plusieurs tranches, en basse saison, afin de ne pas gêner les joueurs. Pour le moment, seulement six trous ont été réalisés. A l’intérieur du golf, des canalisations en PE électro-soudé ont été implantées avec la technique du sous-solage, qui permet d’éviter les larges tranchés sur les greens. Les arroseurs ont été repositionnés avec les nouvelles façons d’arroser, en triangle, afin d’obtenir un coefficient d’uniformité de l’arrosage optimal. Plus il y a d’arroseurs, plus les économies d’eau sont importantes. L’installation compte à la fois des arroseurs à secteur et des arroseurs plein cercle Rain Bird, ainsi que le système de gestion centralisée Nimbus de Rain Bird. Les 6 premiers trous ont été mis en service en mars 2019 et sont arrosés avec les eaux usées de la ville. Les travaux seront réalisés en trois tranches et s’étaleront sur 3 ans. La première tranche a été réalisée de septembre 2018 à mars 2019 afin ne pas gêner les golfeurs. Elle a été livrée avant la saison d’été 2019. Neuf trous supplémentaires seront réalisés de septembre 2019 à mars 2020, et les neuf derniers trous de septembre 2020 à mars 2021. A la fin des travaux, 70 % du golf sera arrosé avec des eaux usées. Economies d’eau et de fertilisants Cette nouvelle installation devrait permettre à terme d’économiser chaque année 200 000 m3 d’eau potable par an, et de réduire la facture d’eau de 120 000 € par an. Par ailleurs, les eaux usées apportées au golf, bien que particulièrement bien épurées par la filière membranaire, contiennent encore une certaine proportion de composés azotés ou phosphorés. Ces éléments fertilisants pour le gazon sont habituellement apportés volontairement par les gestionnaires du golf. Cela leur permettra d’économiser 20 % de produits fertilisants, soit 3500 kg/an. Par ailleurs, le fait de disposer d’une ressource pérenne, couplée à la mise en place d’un réseau d’irrigation plus performant, permettra d’améliorer sensiblement la qualité du gazon. L’attractivité du golf s’en trouvera renforcée. On se situe dans une économie circulaire, car c’est en été, au moment où le golf a le plus besoin d’eau, que les responsables du golf en bénéficieront à profusion. Plus il y a de monde dans la station, plus il y a d’eaux usées. Ainsi, le golf du Cap d’Agde est à l’abris de restrictions, très impactantes pour un golf.