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Economies d’eau : l’audit du système d’arrosage

 

L’audit d’un système d’arrosage se pratique suivant une méthode éprouvée destinée à optimiser l’emploi des ressources en eau au sein des systèmes d’arrosage automatique, comme les terrains de golf, les parcs et jardins publics et les terrains de sport. 

Lors de l’audit d’un système d’arrosage, il convient d’évaluer le système existant selon deux aspects, distincts mais complémentaires : technique, mais également humain. En effet, un système d’arrosage performant utilisé par des personnes peu ou pas formées sera peu efficace. A contrario, une équipe dynamique et bien formée sur le matériel saura tirer parti d’un matériel peu adapté ou vétuste. 

 

L’évaluation technique :

 

L’évaluation technique vise à évaluer les performances techniques d’un système d’arrosage en termes de gestion de l’eau. Cet outil va permettre de déterminer les économies d’eau potentielles que l’utilisateur est en droit d’espérer sur ses installations en réglant les problèmes techniques. La première étape d’un audit est de valider l’uniformité de distribution des arroseurs. La performance des buses est essentielle mais non suffisante. Les arroseurs doivent être choisis en fonction de la largeur de la zone à arroser et positionnés pied à pied, suivant un maillage carré ou triangle pour pluviométrie optimale. Peu importe la pluviométrie elle-même, pour réaliser des économies d’eau le facteur primordial est qu’elle soit uniforme. L’évaluation technique se décompose en :

Une phase de terrain qui permet d’obtenir un inventaire complet du matériel utilisé et de son état (audit technique). Il y a beaucoup de données à relever sur le terrain :

  • Le  modèle des arroseurs/tuyères.
  • L’espacement des arroseurs/tuyères et le type d’espacement.
  • La pression de service aux arroseurs en fonctionnement.
  • La pluviométrie relevée sur le site en plusieurs endroits.
  • L’état des diffuseurs et leur installation (verticale ou pas ?)
  • Les tailles de buses et leur uniformité.
  • Les diamètres relevés ou supposés des principaux tuyaux.

En effet, des réseaux trop longs, des dénivelés mal appréhendés ou simplement une pression trop forte du réseau peuvent perturber l’uniformité de distribution. A l’aide de récipients placés en maillage régulier sur le terrain, l’auditeur mesure la pluviométrie réelle sur le terrain et peut estimer l’uniformité. Lorsque l’uniformité est médiocre, des zones sèches apparaissent. Pour limiter ce phénomène le jardinier n’a pas d’autre choix que d’augmenter les durées d’arrosage, entraînant une surconsommation d’eau, et  le sur-arrosage des zone déjà  suffisamment arrosées.

Au-delà des arroseurs, on vérifie :

  • Les câbles du réseau électrique, leur protection et leur condition de fonctionnement.
  • L’état et l’adaptation des ressources en eau et de la station de pompage en fonction de la quantité et de la qualité de l’eau disponible.

 

Lors de l’audit technique, il faut également vérifier  la conformité des installations actuelles avec les normes sanitaires et règlementaires (chartre de l’eau pour les golfs, protection hydraulique des réseaux par disconnecteurs, etc).

 

Le suivi d’une analyse des données en bureau d’étude permet d’établir un diagnostic précis du système d’arrosage en termes de consommation d’eau. Il y a plusieurs méthodes :

  • La plus précise consiste à effectuer des relevés de compteur d’eau pour estimer la consommation réelle. Mais parfois, ce n’est pas possible car il n’y a pas de compteur ou un compteur  global (arrosage, sanitaire, adduction…..).
  • La seconde méthode est théorique et consiste à multiplier le débit théorique consommé par chaque diffuseur par son nombre total et par le temps de fonctionnement journalier pour avoir une estimation de la consommation.

 

Cette évaluation technique  permettra d’établir un diagnostic et de proposer les solutions adaptées. Avec un relevé des débits, pressions et programmations, l’auditeur simule les consommations et réalise une projection de ce qu’elles pourraient être après ajustement de différents facteurs détectés comme problématiques – Le cas idéal est naturellement de disposer des consommations réelles des années précédentes, mais ce n’est pas souvent le cas. L’utilisateur est, la plupart du temps, conscient de trop consommé, sans pour autant en avoir la mesure.

 

Le bilan des pratiques d’arrosage

 

L’aspect humain est essentiel. Le bilan des pratiques d’arrosage est un outil qui permet de déceler les pratiques de conduite d’arrosage en vigueur, et de déceler d’éventuels problèmes. Il permet également de définir et de clarifier les compétences professionnelles en matière de gestion de l’eau du personnel chargé de l’arrosage.

Lors de l’audit, l’auditeur vérifiera particulièrement comment sont remplacés les arroseurs cassés (respect du débit, choix des buses), l’entretien des vannes et regards et bien sûr la programmation des dispositifs de contrôle. Or, à ce moment là, on constate souvent que les utilisateurs sont familiarisés aux bonnes pratiques d’arrosage mais en ont oublié la finalité. En clarifiant pourquoi il est important de vérifier le débit des buses ou bien de « penser » sa programmation, la grande majorité des utilisateurs reprennent des reflexes qu’ils avaient perdu. Par ailleurs, les solutions techniques ont évolué très rapidement ces dernières années et beaucoup d’utilisateurs ont une méconnaissance des solutions qu’ils peuvent mettre en œuvre.

Il faut ensuite faire un peu de pédagogie pour réexpliquer les données essentielles : ETP, pluviométrie, besoins des plantes, temps d’arrosage nécessaires.

On peut alors enfin construire un nouveau programme d’arrosage à partir de ces éléments objectifs.

Ceci constitue alors un support de réflexion sur les besoins en formation à venir. Le bilan des pratiques est une aide à la décision en termes de choix de formation professionnelle, tant pour le contenu que pour les priorités, sur un plan individuel et collectif (incidence de l’effet « travail en équipe » et « partage des compétences »).

 

 

L’arrosage raisonné ?

 

Une bonne réflexion sur un arrosage raisonné doit reposer sur trois facteurs :

  • Un aspect technique, avec la résolution de problèmes sur le terrain et l’introduction de nouvelles technologies. La solution passe souvent par l’introduction de buses privilégiant particulièrement l’uniformité d’arrosage associée à une trajectoire de jet plus basse pour une meilleure résistance au vent  (exemple : le MP rotator de Hunter, buses rotatives R-Van de Rain Bird). S’il est difficile de revenir sur le positionnement des arroseurs (ce qui s’avère tout de même parfois nécessaire), des petits aménagements à moindre coût peuvent être parfois d’une grande efficacité. Parmi eux, les constructeurs proposent des dispositifs anti-vidange éventuellement couplés à  des dispositifs régulateurs de pression en option sur les arroseurs. Enfin, les dernières générations de programmateurs permettent de réagir automatiquement en cas de surconsommation d’eau et les sondes d‘humidité permettent de transformer très facilement et à moindre coût un système d’irrigation en technologie « intelligente ». 
  • Un aspect économique, avec la réalisation d’économies d’eau et la planification d’interventions basées sur des retours sur investissements raisonnables et adaptés. Par exemple le calcul des « vrais » temps d’arrosage nécessaires. Cette étape n’est possible qu’après avoir « optimisé » la pluviométrie des diffuseurs. En effet, une programmation n’est efficace que si la distribution de l’eau est homogène sur toute la surface du jardin. 
  • Un aspect humain, avec la mise en place de programmes de formation, la validation des acquis et la mise en avant des expériences personnelles, et enfin la valorisation de la fonction arrosage. En ce qui concerne les nouveaux produits, en particulier les programmateurs et les sondes, il est nécessaire de former les utilisateurs. La formation peut se faire sur site lors de la réception et de la mise en route de l’installation destinée aux personnes susceptibles d’utiliser ces nouveaux produits. Dans ce cas, il s’agit d’une formation sur-mesure destiné à une société ou une collectivité sur du matériel qui leur est propre. Les constructeurs organisent également dans leurs bureaux des sessions de formation tout au long de l’année selon un planning préétabli. Dans ce cas là, la formation au produit est plutôt théorique.

On en arrive bien évidemment à la question de la gestion centralisée. Contrairement à ce qui est souvent annoncé, il ne s’agit pas du remède miracle !

C’est « la cerise sur le gâteau » qui vient « couronner » la série de mesures prises pour réduire la consommation en eau :

  • Réalisation d’un audit technique et inventaire complet des installations, avec la réalisation des travaux nécessaires et indispensables au bon fonctionnement des systèmes sur le terrain (arroseurs, vannes, etc.),
  • résolution des problèmes sur le terrain et introduction de nouvelles technologies,
  • audit des pratiques d’arrosage,
  • formation du personnel,
  • acquisition d’une GC réellement adaptée aux besoins de l’utilisateur et non imposé par un fabricant. Avec un budget modeste, l’utilisateur peut s’équiper des composants de base de la gestion centralisée pour ensuite affiner ses besoins au cours des années en ajoutant des modules complémentaires.
  • Accompagnement et suivi de la mise en place de cette GC.

Mais une GC ne se révélera efficace que lorsque tous les problèmes techniques sont résolus, avec la mise en place de pratiques d’arrosage adaptées, et un accompagnement de l’utilisateur dans sa mise en place.

Dans les prochains numéros d’Irrigazette, nous développerons le thème des économies d’eau du point de vue des arroseurs  et de la programmation. 

 

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