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serres inondées
M. Girardi, maire d'Aiguillon et vice-orésident de la chambre d'agriculture du Lot et Garonne
M. Rafaelo, agriculteur

Nous nous sommes rendus dans le département du Lot-et-Garonne à la rencontre des agriculteurs qui ont été inondés il y a une dizaine de jour, au début du mois de février. L’eau s’est retirée depuis, mais nous allons voir que les dégâts subis par les agriculteurs sont loin d’être terminés. 

Cette région se situe à l’intersection de  trois cours d’eau, le Lot et la Garonne et la Baïse, affluent de la Garonne. Je suis reçu par M. Girardi, le maire d’Aiguillon et vice-président de la chambre d’agriculture de Lot et Garonne. Il m’explique la cause de ces crues : « Le Lot est une rivière très régulée par des  barrages hydroélectriques et déborde rarement, mais c’est une autre histoire pour la Garonne, l’une des rivières la plus sauvage d’Europe ». 

Et il reprend : « Nous sommes  le département agricole le plus diversifié de France : on y produits de la fraise, du kiwi, de l’aubergine, du poivron de la betterave mais aussi des grandes cultures : blé, maïs, soja… . Le département ne compte pas moins de 70 productions différentes ». Ce fort développement s’explique par le fait que le Lot et Garonne est un département très bien pourvu en eau, pas très boisé par rapport à la Dordogne, avec une forte immigration (italiens, portugais, polonais).

M. Girardi, aujourd’hui retraité et heureux maire de sa commune de naissance, était anciennement producteur de fraise et connait très bien tous les agriculteurs du coin. Il a été l’un des premiers à développer la production de fraise hors-sol en France, après plusieurs voyages en Argentine et aux Pays Bas. Aujourd’hui, le département compte plus de 200 producteurs de fraises hors sol.

Il m’accompagne à la rencontre de deux agriculteurs qui ont été inondés. M. Patrick Pol, producteur de maïs et de fraises, nous reçoit dans son champ. On aperçoit un pivot au loin. M. Pol a été victime de la crue de la Baïse. Il possède 160 hectares de culture répartis  sur deux sites, et l’ensemble irrigué par 6 pivots. Toutes ses parcelles sont inondables. Cette crue a été exceptionnelle, la plus importante depuis 1981, et il a été complètement inondé.  Il nous explique « au delà de 8,50 mètres, l’eau rentre dans la parcelle ». Dans son malheur, il a plutôt été épargné, par rapport à ses collègues, car aucun de ses champs n’était cultivé au moment de la crue. En revanche, l’armoire électrique d’un de ses pivots a été immergée dans l’eau et elle est partie en maintenance. Par ailleurs, ses digues ont lâché. Il nous explique « Il y a un problème d’entretien des digues. On n’a plus le droit de couper les arbres en bord des rivières. Or, certains font 25 mètres, et lorsque la pression de l’eau est trop grande, ils cèdent et emportent la rive avec eux ». Il évoque également le problème des ragondins et des blaireaux qui creusent des galeries souterraines en bord de rivières et qui fragilisent les rives. « Depuis plusieurs années, la chasse de ces espèces est devenue interdite », déplore-t-il. « Cela fait 40 ans que plus personne n’a rien fait pour entretenir les digues ». Maintenant, il n’a plus qu’à attendre que ses terres, encore gorgées d’eau, sèchent. Alors, il pourra de nouveau cultiver ses terres. Je le questionne sur le délai. Il répond, fataliste : « cela dépend du temps. Si la météo est bonne, cela devrait aller assez vite ».

Nous reprenons la route et nous dirigeons vers une autre exploitation agricole, productrice de fraise et de kiwi, inondée également. Un jeune homme de 20 ans, M. Rafaëlo, fils du propriétaire nous reçoit. Il explique : « J’ai 20 ans et c’est la plus grosse crue que j’ai connue ». Nous entrons dans la serre où sont cultivées les fraises et nous voyons un trait qui indique la hauteur de l’eau  au moment de la crue. En peu en dessous, nous voyons un trait pour la crue de décembre 2019. Il intervient un peu désabusé « On est habitué. Lorsque l’on voit que l’eau monte, nous mettons tout hors d’eau ». Les cultures de fraises hors-sol sont surélevées et n’ont pas été immergées dans l’eau. En revanche, des limons sont apparus sur le sol et une odeur d’humidité émane de la serre. Il reprend « L’humidité n’est pas bonne pour les fraises et peut provoquer des champignons ». En attendant, il laisse la porte ouverte pour aérer quand la température est clémente.

 Un peu plus loin, il nous montre ses plantations de kiwi, en pleine terre, inondés également. Il explique « les kiwis sont une culture délicate, qui aime l’eau, mais sans plus. Là, il y a un risque d’asphyxie ». Et il ajoute : « On ne peut présager des dégâts, il n’y a plus qu’à attendre ». Comme M. Pol, il évoque également le problème des bords de rivière : « La berge se détruit au fur et à mesure des crues. Au prochain coup, la digue va céder ».