Aqua Domitia, le réseau d’approvisionnement en eau de Bézier à Montpellier, s’inscrit dans la stratégie d’adaptation au changement climatique de la région

La région du Languedoc Roussillon doit faire face à un grand défi : sécuriser les ressources en eau pour faire face au tourisme et à des sécheresses récurrentes tout en préservant les milieux naturels. Le projet Aqua Domitia vise à répondre à ce défi.

Aqua Domitia : un projet fédérateur dont la première tranche s’est achevée en 2016

 

La région du Languedoc Roussillon, très attractive, connait une forte croissance démographique. Au cours des 30 dernières années, la température a augmenté de 1°5 en moyenne, et la région a connu des épisodes de sécheresse récurrentes, au cour desquels la ressource en eau est venue à manquer. 

Un projet fédérateur a été retenu par la région et par les départements de l'Hérault et de l’Aude. Baptisé Aqua Domitia, le projet doit permettre de réguler les réseaux alimentés par l’eau du Rhône et résoudre le problème de la ressource en eau.

Il consiste en une extension du grand Réseau Hydraulique d’eau brute, pluri-usages, créé par BRL dans les années 60, pour accompagner la mutation de l’agriculture et le développement urbain et touristique du Gard, de l’Hérault et de l’Aude, en mobilisant des ressources renouvelables, issues du Rhône ou de barrages.

Le projet vise donc à sécuriser l’approvisionnement des territoires depuis Montpellier jusqu’au littoral pour faire face à des pénuries liées à la sécheresse et au tourisme. Le coût total est de 220 millions d'euros. 

Aqua Domitia est composé de canalisations d’eau brute d’une longueur totale d’environ 140 km, d’un diamètre compris de 60 à 120 cm. La réalisation du projet est prévue de façon progressive, maillon par maillon, en étroite collaboration avec l’ensemble des acteurs des territoires concernés et en tenant compte de l’urgence des besoins à satisfaire localement.

En conjuguant la ressource en eau du Rhône et les ressources locales, le projet répond aux besoins des acteurs économiques et touristiques; cela constitue un facteur de croissance économique et de compétitivité pour les territoires, et rend possible une baisse des prélèvements sur les milieux aquatiques les plus sollicités.

Aqua domitia constitue donc une deuxième ressource pour les territoires et une sécurité pour les générations futures.

La première phase du projet s'est achevée en 2016.  La Région Occitanie / Pyrénées -Méditerranée est le principal financeur du programme. Un cofinancement est également apporté par BRL ainsi que par d'autres partenaires, en fonction des enjeux territoriaux de chaque Maillon: Département de l'Aude, Agence de l'Eau Rhône-Méditerranée-Corse, Département de l'Hérault, grandes agglomérations comme Béziers Méditerranée, Montpellier Méditerranée Métropole, Sète Agglopole, Hérault Méditerranée, Syndicat du Bas Languedoc, Communautés de communes…

 

Plus de 6000 hectares de terres agricoles seront raccordés d’ici  deux ans

 

Pour faire face aux sécheresses récurrentes  que connait le Sud de la France depuis quelques années et aux difficultés rencontrées par les agriculteurs, le projet Aqua Domitia arrive à point nommé. De quoi sécuriser l'apport en eau pour les viticulteurs et agriculteurs, notamment en période estivale. Ces derniers subissent de plein fouet la sécheresse, entre nappes phréatiques faiblement alimentées, niveau des cours d'eau déjà bas et multiplication des arrêtés préfectoraux de restriction.

Ils doivent aussi composer avec la pression touristique, qui accentue les consommations. Dans ce contexte de crise, le réseau Aqua Domitia se dote de ramifications pour desservir les exploitations. « Huit cents hectares de vignes seront alimentés en 2024 à Vendres, à côté de Béziers. Cela permet d'éviter d'opérer des prélèvements dans la nappe de l'Astien, qu'il faut préserver pour la seule eau potable », explique Jean-François Blanchet, directeur général de BRL.  Mille hectares de vignes au nord-est de Béziers bénéficient de l'eau du Rhône, dès cette année. Au total, en 2024, plus de 6.000 hectares seront alimentés à partir de la ressource Rhône, à travers la création de ces réseaux secondaires hydroagricoles.

De son côté, le département de l'Hérault étudie la création d'une retenue hivernale de 950.000 mètres cubes à Florensac, destinée à alimenter 700 hectares de vignobles, au coeur de l'appellation picpoul-de-pinet. Au-delà du déploiement d'infrastructures, des innovations sont expérimentées. Une recharge localisée du sol, pendant l'hiver, est en cours au Domaine de Mus, à Murviel-lès-Béziers. « Un système de goutte à goutte vient recharger le sol l'hiver, pour éviter d'utiliser de l'eau l'été, en période de pointe de consommation », explique Jean-François Blanchet.

Autre innovation : pour faire baisser la salinité accrue des sols en Camargue gardoise, des essais d'aspersion des vignes sont en cours, avec l'Inrae Montpellier. Le but « est de retarder la remontée trop massive du sel en injectant de l'eau dans le sous-sol. Jusqu'à présent, les pluies hivernales étaient suffisantes en Camargue pour protéger les vignes du phénomène de salinité des sols. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. »

 

Le projet Aqua Domitia vise à sécuriser les ressources en eau de la région du Languedoc Roussillon soumise à une pression de plus en plus importante, due au changement climatique et à sa forte croissance démographique. Jean-François Blanchet, directeur général de BRL, prône un déploiement, à l’échelle nationale, de sociétés d’aménagement régionales de type BRL, Compagnie d’aménagement des côteaux de Gascogne ou Société du Canal de Provence. « Ces structures ont été créés il y a soixante ou soixante-dix ans, pour adapter les territoires du Sud au contexte sec et méditerranéen, avec une approche intégrée du cycle de l’eau. En 2022, toute la France est confrontée à un stress hydrique. Ne serait-il pas nécessaire de développer des sociétés d’aménagement ailleurs que dans des régions du Sud, Occitanie et Nouvelle Aquitaine ? » questionne l’expert.