Retourner à la liste

Kiwi de l'Adour : irrigation sous filet et protection anti-gel

Le kiwi (Actinidia chinensis) est le fruit d’une liane qui ressemble un peu à la vigne. Il est originaire de Chine, où il est dégusté depuis plus de 2 000 ans. Vers 1750, le père jésuite Pierre Le Chéron d’Incarville fut le premier européen à décrire cette plante. Elle poussait alors en lisière des forêts situées de part et d’autre du fleuve Yang Tsé Kiang. Après avoir évangélisé les Chinois, les missionnaires introduisirent l’Actinidia comme plante décorative en Floride, en Nouvelle-Zélande et en Europe. Le fruit était alors appelé « groseille de Chine », pour sa couleur et sa saveur évoquant la groseille à maquereau.

Les premiers plants arrivèrent en France en 1904, à Selva Brancolar près de Nice, et en 1920, au Jardin des Plantes de Paris. L’unique plant femelle étudié au Muséum Nationale d’Histoire Naturelle de Paris fructifia pour la première fois en 1937, et donna une récolte de 85 kg en octobre 1940. Il fructifie encore chaque année ! Il fallut attendre les années 1960 pour que le kiwi se développe à grande échelle. Aujourd’hui, on le cultive en France, aux Etats-Unis, au Japon, en Italie, au Chili, en Grèce, etc.

1,45 million de tonnes de kiwis sont produits dans le monde, dont environ la moitié en Méditerranée. C’est l’Italie, avec 32 % de la production mondiale, qui domine le marché. Suivent deux autres pays leaders, la Nouvelle-Zélande (28 %) et le Chili (16 %). Puis viennent la Grèce avec 6,1 % et la France avec 5,5 % du marché.

 L’Italie est le premier producteur mondial, d’où ses recherches dans le développement de nouveaux cultivars comme à l’Université d’Udine.
La France (5e mondial et troisième européen) a produisait un peu moins de  63 000 tonnes en 2018, dont 55 % en Aquitaine, 22% en Midi Pyrénées, et 2% en Rhône-Alpes.  

 

Contraintes agronomiques et techniques :

 

Type de sol :

Sont favorables au bon développement du kiwi  des sols à texture moyenne, ayant une bonne structure, perméable, bien drainant et riche en matière organiques,  des sols à structure continue, avec un pourcentage d’argile supérieur à 25 %, et une bonne teneur en alluvions et des sol à structure fragmentaire : éléments de grandes tailles assurant un très bon drainage.  Par ailleurs, il est préférable que le sol soit pauvre en calcaire, avec un  pH de 6-7.

Sont défavorables au bon développement des kiwis des sols lourds, qui ne maintient pas une humidité adéquate. Lorsque  les sols trop pourvus en eau, il y a un risque d’ashyxie.

 

Climat et topographie :

 

Le kiwi est adapté au climat méditerranéen. Il résiste jusqu’à une température de -15°C. La température idéale est de 25-30° avec une humidité relative de 60% (mi-ombragé). Le kiwi craint les vents violents (risques de déracinement).

 

Implantation de la production

L’implantation ne présente pas de contraintes particulières hormis un labour profond de 80 à 90 cm. Il faut prévoir un amendement organique de fond. Préférez des plans de 2 ans pourvus d’un appareil radiculaire robuste.  Les plans peuvent être greffés ou non, dans ce cas, la greffe devra avoir lieu après la plantation.

La densité de plantation est d’environ 2000 plants à l’hectare. Les plants sont placés dans des trous de 30 à 40 cm de profondeur et autant de diamètre, sur une couche de fumure.

La période de plantation varie de la fin de l’année à mars-avril, selon le matériel végétal choisi. Un arrosage quotidien est ensuite effectué sur la jeune plantation.

 

Calendrier et conduite de la production :

 

Avril

Plantation

Mai/juin

Eclaircissage

Juin/Juillet

Bouturage

Mai à Juillet

Irrigation

Hiver

Taille

Septembre/Octobre

Récolte

 

  • Taille annuelle sur le même principe que la vigne.
  • Irrigation nécessaire.
  • Greffe éventuelle.
  • Matériel de support onéreux et complexe (conduite en palissade).
  • Attachage et éclaircissages indispensables à une production de qualité (2.5 ha de jeunes plans nécessitent environ 200 ha d’attachage).
  • La pollinisation doit être surveillée de près (veiller à l’activité d’insectes, voir mettre des ruches).
  • Récolte délicate (ne pas abîmer les fruits) sur une période courte.

 

Conduite de l’irrigation :

Le kiwi est originaire de régions soumises à un régime de moussons pendant la période de forte activité végétative. La plante n’a donc pas développé de mécanisme de résistance à la sécheresse. De plus, elle ne limite pas sa transpiration durant la nuit, d’où une perte importante d’eau en journée et la nuit.  Les besoins en eau sont donc importants, de l’ordre de 2000 m3/ha avec un besoin de mi-mai à octobre qui peut atteindre 1000 mm/mois.

Nous avons contacté M. Fabrice Casterra directeur de la  SCAAP kiwi France et lui-même agriculteur. La SCAAP kiwi France est une coopérative créée par des  producteurs pionniers du Sud-Ouest de la France. Elle  regroupe aujourd’hui  400 producteurs adhérents et assure une production annuelle de 15 000 tonnes. Les producteurs adhérents se trouvent pour l’essentiel dans le Sud de la France : dans le Bassin de l’Adour, le Lot-et-Garonne, dans la Drôme et en Corse. C’est le premier producteur de kiwi français.

Sur 120 hectares au Sud des Landes dans le bassin de l’Adour, M. Casterra cultive  essentiellement du maïs et 12 hectares de kiwi. Le kiwi de l’Adour est un peu particulier car il est valorisé à travers deux certifications : l’indicateur géographique protégé (IGP) et Label rouge. C’est la reconnaissance du terroir dont il est issu (zone des Gaves, de l’Adour et du Pays d’Orthe) et le cahier des charges particuliers sur les taux de sucre et la récolte auquel il répond.

 « Les sol des Gaves est une terre d’alluvion, au sol filtrant favorable à la production de kiwi » explique M. Casterra. « En-dessous, il y a des cailloux et une nappe phréatique dans laquelle je peux puiser». Le climat est relativement humide, mais il gèle régulièrement. Ainsi, M. Casterra a deux systèmes d’irrigation : un système avec micro-jets en dessous pour l’irrigation classique et un système aérien avec sprinklers pour la protection anti-gel.  

Il irrigue en juin, juillet, août, septembre, à raison de 5 mm par jour avec des micro-asperseurs par dessous. Le sol est implanté de sondes capacitives Sentek. « De plus en plus, on essaye d’affiner,  explique M. Casterra. Certains sols sont plus délicats que d’autres ». Certaines variétés de kiwi sont plus sensibles au stress hydrique, comme les kiwis à chaire jaune et les bébés kiwi de style snaking. Les kiwis à chaire jaune prennent le pas sur le vert. Il y a une publicité sur ce produit qui vient de Nouvelle Zélande et il est de plus en plus demandé, avec une plus forte teneur en sucre.

Le système aérien avec sprinklers a été installé pour le gel. Au début du printemps, l’observation du débourrement (moment de l’année où les bourgeons des arbres se développent) permet une première estimation de la future récolte. C’est une période délicate car le gel risque de détruire les bourgeons et de compromettre la récolte. Quand la température baisse trop, M. Casterra déclenche l’arrosage : l’eau se dépose sur les bourgeons et se transforme en glace en dégageant des calories. La température à l’intérieur du cocon de glace est positive et le bourgeon est protégé.

De plus, M. Casterra a installé des filets protecteurs sur les nouvelles variétés. Convalescents suite à une année climatique catastrophique, qui avait fait chuter de 42 % les volumes commercialisés, de nombreux producteurs s’en sont équipés. Ces filets protègent les cultures des intempéries (pluie, grêle, vents ou chaleur).  Par ailleurs, les filets protègent les cultures d’une maladie qui se développe à cause de la forte teneur en sucre des nouvelles variétés et de l’humidité : la punaise diabolique. Selon M. Casterra, « Entre l’avant et l’après, il y a une différence significative sur la qualité grâce à ces filets protecteurs ». L’investissement est de 17 000 € à l’hectare.