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Après avoir interrogé des fabricants, des distributeurs et des installateurs de matériel d’irrigation européens, nous avons pu nous faire une idée de l’impact du Covid 19 sur l’industrie de l’irrigation en Europe. Cette enquête a été menée la dernière semaine de mars, soit à peu près deux semaines après le début du confinement dans la plupart des pays européens.

 

Mesures gouvernementales et poursuites des activités agricoles et paysagères

 

Dans le domaine agricole, toutes les activités sont autorisées afin de protéger la chaîne alimentaire :

 

En effet, « le secteur agricole est considéré comme un secteur de première nécessité ». Les fabricants de matériel d'irrigation font partis de la chaîne de l'agribusiness et les usines peuvent continuer à fabriquer. Idem pour les grossistes qui poursuivent leur activité, et les revendeurs, qui restent ouverts.

Concernant les producteurs (agriculteurs), « le problème du manque de main-d’œuvre va bientôt de poser avec l’impossibilité pour les salariés saisonniers étrangers de se déplacer ». Or, ils constituent une part très importante des travailleurs en production : 15 000 à 20 000 personnes chaque année en France.  Le même problème va se poser dans les autres pays européens (Italie, Espagne, .... ).

Par ailleurs, les consommateurs se sont rués sur les pâtes et le riz, et « la consommation de denrées périssables comme les fruits et légumes a baissé, de peur de la contamination ». Dans certains pays comme la France, les marchés ont été interdits. Or, c'est un important circuit de vente pour les producteurs de fruits et légumes. Certains marchés ont pu finalement rouvrir, sur dérogation, mais cela reste à la marge.

Enfin, certains pays européens risquent de souffrir plus que d'autres comme la Croatie, où « la majeure partie de la production de fruits et légumes est consommé par le secteur du tourisme, qui est fermé ». Les pertes des producteurs risquent d’être très lourdes et de se répercuter sur les distributeurs.

Les gouvernements des pays les plus développés (France, Espagne, Italie, Pays Bas) trouveront le moyen de protéger leurs agriculteurs mais les gouvernements des pays de l’est n'en auront pas les moyens.

 

Dans le domaine du paysage, l’activité se poursuit au ralenti dans la plupart des pays européens :

 

Côté installateurs, rien n’interdit aux équipes de travailler dehors, cependant, l’activité est réduite.

En Espagne, les installateurs sont autorisés à travailler, mais  "il s’agit essentiellement de travaux de maintenance et de dépannage de terrains de golfs, de terrains de sport ou de sites municipaux ».

En Italie, les installateurs travaillent, mais « ils doivent respecter les nouvelles règles sanitaires, à savoir, le port d’un masque, le respect des distances de sécurité et des conditions sanitaires de la force de travail ».

 En Croatie, les municipalités ont suspendu 50 % des projets d’aménagement paysagers pour raisons budgétaires. 

En France, après des annonces contradictoires, le gouvernement autorise finalement les équipes à travailler, mais certains avaient déjà complètement interrompu leurs activités au moment de l’annonce du confinement. Et le flou juridique dans lequel ils se trouvent maintenant les empêchent de reprendre le travail sereinement. Par ailleurs, certains installateurs ont des grands chantiers partout en France, et « il est très difficile de trouver un hébergement et des services de restauration pour leurs équipes ».

 

Des jardineries partiellement fermées en France, et ouvertes dans les autres pays européens

Confinés chez eux, les Européens essaient de s’occuper et jardinent. Le mois de Mars est le moment d’acheter des plantes d’ornement pour le jardin ou des plants pour le potager.

En France, après des annonces contradictoires, les jardineries ont le droit d'ouvrir uniquement pour commercialiser de la nourriture pour les animaux et des graines et plants potagers, considérés comme des biens de première nécessité. Il en va de même pour les horticulteurs. A condition bien évidemment qu'ils mettent en œuvre les mesures de précaution dite "barrière" comme le font les supermarchés.  En revanche, la vente de tout autre produit est interdite. Néanmoins, les drives et la vente sur Internet ont été autorisés.

Dans les autres pays européens (Belgique, Allemagne, Pays Bas, et même Italie depuis le 3 avril), les jardineries sont totalement ouvertes.

 

Concernant les fabricants : 

 

Les usines continuent à tourner, avec des prévisions à la baisse pour le 2ème trimestre 2020, surtout en parc et jardin

 

Les usines continuent à fonctionner et parfois à 100 %.

 Selon un fabricant de pivots européen : « nos usines fabriquent encore, et pour le moment sans aucune réduction. L’agribusiness se poursuit, et même gagne de l’importance dans cette période, et nous avons la chance de continuer à recevoir des commandes de nos revendeurs. Par ailleurs, la Chine et l’Asie, qui étaient complètement arrêtées, sont en train de redémarrer »

Idem pour un fabricant de goutte-à-goutte italien : « Toutes les activités sont encore ouvertes afin de protéger la chaîne de l’agri-business. Les usines fonctionnent encore et il n’y a aucune réduction de la production. Nous continuons à recevoir des commandes ».

Mais selon un fabricant de goutte-à goutte grec : « La production a baissé de 30 %. La baisse va probablement se poursuivre durant tout le deuxième trimestre. Concernant les commandes, nous recevons des commandes à l’export. En revanche, le service des ventes national est confronté à une baisse des commandes de 35% ».

Selon un fabricant de goutte-à-goutte mondialisé de premier plan qui a une filiale en Europe :  présent à la fois sur les marchés agricoles et parc et jardin : « La fabrication se poursuit sur tous nos sites ; elle est néanmoins de 5 à 10 % inférieure aux prévisions. Nous continuons à recevoir de commandes des distributeurs, mais elles sont 20 % en-dessous des prévisions ».

Enfin, selon un fabricant parc et jardin américain, qui a une filiale en Europe : « Nous continuons à fabriquer et il n’y a pas de baisse pour le moment. En revanche, on a eu des annulations de commande dans certains pays comme la France, le Portugal, Israël et l’Ukraine ».

Enfin, deux fabricants de solutions de gestion de l’arrosage à distance déplorent « des usines qui marchent au ralenti » « dans un mode très réduit » ou « à seulement à 50 % ».

Concernant les prévisions, tous les fabricants sont tous d’accord pour dire que le deuxième trimestre ne sera pas bon, « entre 20 et 50% en-dessous des chiffres habituels » et tous « sont inquiets pour l’avenir compte tenu du peu de visibilité sur l’évolution du virus ».

 

Mesures pour les salariés : du télétravail pour ceux qui le peuvent et des mesures de protection pour les salariés obligés de se rendre sur leur lieu de travail

 

En ce qui concerne les employés, toutes sociétés confondues, ceux qui travaillent dans les bureaux sont encouragés à travailler de chez eux (service marketing, vente, ressources humaines, ingénierie, ….). Certaines sociétés ont mis en place un guide de travail à domicile, avec des réunions par vidéoconférence régulières.

En revanche, les employés qui travaillent à la fabrication ou à la logistique continuent à se rendre sur leur lieu de travail.

Certaines sociétés ont réorganisé la production afin de respecter les règles de sécurité :

Selon un fabricant de goutte-à goutte italien : « nous avons mis en place des séparations physiques dans l’usine de production, du gel hydroalcoolique est disponible à toutes les portes, nous nettoyons et désinfectons les bâtiments, et imposé le port de masques et des distances minimales entre employés qui se trouvent dans un espace commun …. ».

Lorsque la production baisse, certaines sociétés ont aménagé les horaires de travail des employés. C’est le cas d’un fabricant de télégestion de l’irrigation Danois « La production ne fonctionne qu’à 50%, donc les employés qui sont dans l’usine travaillent à temps partiel ; ils continuent à recevoir la totalisé de leur salaire». Par ailleurs, certains fabricants ont « aménagé les horaires de travail dans les usines afin d’éviter qu’il y ait trop d’employés en même temps dans les espaces de travail ».

Suivant les pays, les fabricants ont recours au « temps partiel » ou au « chômage partiel » (France), ou encore certains employeurs « ont demandé à certains salariés de prendre des jours de congés ». Les entreprises étudient les aides proposés par leurs gouvernements afin d’alléger leurs charges salariales.

 Les fabricants disent « ne pas avoir licencié de salariés » pour le moment.

 

Des transports ralentis et des coûts qui augmentent

 

Les fabricants constatent « une augmentation des coûts des transport depuis deux mois » et « une réduction de l’offre ». 

Ils notent également « qu’il y a moins de transports transatlantiques, des USA vers l’Europe, et que les coûts ont augmenté ». Ils notent également que le transport inter européen « rencontre des restrictions ».  Certains remarquent par ailleurs que « le transport international a ralenti (+3 à 7 jours) ».

 

Les distributeurs s'attendent à une baisse de leur chiffre d'affaires de 20 à 50 %, au deuxième trimestre

Chez les distributeurs, la plupart des employés sont en télétravail (commerciaux, marketing, conception, assistants …..), excepté ceux qui travaillent dans les entrepôts, qui doivent réceptionner et expédier la marchandise. Pour ceux qui viennent au bureau, « des mesures strictes ont été adoptées : aucun client n’est autorisé à se rendre au bureau et les livraisons sont conformes aux mesures de sécurité ».

Les distributeurs disent « continuer à recevoir des commandes » mais « freiner les approvisionnements de pré-saison pour ajuster sur les livraisons et préserver leurs trésorerie ». Par ailleurs « les distributeurs qui ont aussi des magasins de détail subissent une baisse de leurs ventes en raison de la réduction du déplacement de personnes ».

Concernant les approvisionnements, les distributeurs affirment « continuer à recevoir la marchandise, mais souvent avec un délai supplémentaire ». Par ailleurs, selon un distributeur italien : « les entreprises de galvanisation ne sont pas autorisées à travailler, les entreprises de moulage de plastique non plus ».

Concernant les transports, un distributeur croate explique que « les services d’expédition domestiques fonctionnent au ralenti ». Un distributeur français explique « que certains départements sont plus problématiques, tels que la Corse et l’Alsace. Et que les coûts de transport ont augmenté de 15%. » Un autre distributeur français explique que « les clients ne sont pas toujours présents pour recevoir la marchandise ».

Quant au distributeur italien, il explique « rencontrer quelques problèmes de transport, mais seulement à l’international. Car les transports nationaux sont gratuits ».

Par ailleurs, ils s’attendent tous à « une baisse de leur chiffre d’affaires au deuxième trimestre, entre 20 et 60 %" et ils pensent "que cette baisse sera plus importante en parc et jardin  qu'en agricole ».