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Essais d’Irrigation en goutte-à-goutte enterré dans le Val de Durance

Un partenariat entre la Société du Canal de Provence et la coopérative d’agriculteurs GPS a été passé en vu d’optimiser l’efficacité de l’irrigation dans le Val de Durance. La première action concrète a consisté à mettre à l’essai, sur 2 parcelles et pour une durée de 3 ans,  une technique d’irrigation prometteuse encore peu démocratisée en France : le goutte-à-goutte enterré. Le premier essai a été réalisé sur le Plateau de Valensole, célèbre pour ses cultures de lavandin. Plus de 80 000 ha de terresy sont cultivés, avec comme cultures dominantes lelavandin et leblé dur. Le plateau est appelé le "grenier de la région". Le second essai se déroulera sur le secteur agricole du Haut Calavon dans le Parc du Lubéron, zone où la ressource en eau est rare. 

Plateau de Valensole : Contexte de l’essai

Les essais ont débuté le lundi 20 octobre 2014 avec l’installation des lignes de goutteurs sur l’une des parcelles située sur la commune de Roumoules (04), sur le plateau de Valensole. Ce secteur, qui bénéficie du réseau hydraulique du Canal de Provence, était « potentiellement » irrigué en aspersion ; en effet, l’aspersion n’est par très répandue sur le plateau de Valensole, et cela pour plusieurs raisons : région très ventée, faibles moyens humains pour gérer l’irrigation, reliefs valonnés... 

Les agriculteurs du plateau de Valensole se partagent 81 400 hectares de SAU. Le fonctionnement des exploitations de ce bassin est basé sur l’association de la culture du blé dur et du lavandin en rotation.Le lavandin estun hybride naturel et stérile, issu du croisement de la lavande fine et de la lavande aspic. Sa production est réalisée par bouturage.  Il présente une vigueur exceptionnelle par rapport à ses parents, et les rendements en huile essentielle atteignent 100 à 120 kg/ha (contre 25 à 30 kg/ha pour la lavande). Il est surtoutcultivé pour la production d'huile essentielle utilisée dans l'industrie des lessives et des détergents. La France a le quasi monopole de la production mondiale de lavandin. Le Sud-Est de la France (Alpes de Haute-Provence, Vaucluse, Drôme) détient 95 % des 15 000 ha de lavandins plantés, et le principal bassin de production est le Plateau de Valensole : il représente plus du tiers des superficies, mais aussi plus de la moitié des volumes produits. Le lavandin est la base de l’économie de ce bassin.

Cependant, les années 2000 ont été marquées par des sécheresses importantes (2003, 2005, 2007).  Or, une partie du plateau est « au sec » et ne bénéficie pas du réseau hydraulique du Canal de Provence. Les plantations de lavandin ont souffert. La filière blé dur est en déclin sur le plateau, car, le blé dur non irrigué a des rendements très faibles. Actuellement, le blé dur est l’avant-dernière étape avant la friche.

L’impact des apports d’eau par irrigation est encore en expérimentation, sur lavandin, comme sur blé dur. A ce jour, l’irrigation du lavandin reste peu développée. Avec 12 à 20% des surfaces équipées effectivement irriguées, et une consommation annuelle qui représente 6% du volume total disponible, le réseau du Canal de Provence est sous-utilisé.

Installation du goutte-à-goutte enterré 

Une parcelle de 1 hectare - 1,5 hectare a été installée,relativement rapidement, en une journée. Sur cette parcelle, l’agriculteur cultive en rotation du blé dur et du lavandin. L’enfouissement des lignes de goutteurs s’est fait à l’aide d’un tracteur équipé d’une sous-soleuse. Cette parcelle est représentative des sols de Vanlensole, très caillouteux et peu profonds. Les lignes de goutteurs ont été enterrées à 35 cm de profondeur, avec un espacement entre les lignes de 50 cm.Heureusement, les cailloux étaient à une profondeur suffisante pour ne pas géner l’enfouissement des lignes, ce qui a été une bonne surprise pour les équipes, qui craignaient que les cailloux ne viennent compliquer la tâche.

Récapitulatif de l’installation : Goutte-à-goutte enterré Drip Corn Netafim diamètre 16 goutteurs tous les 50 cm. Programmation autonome à pile Rain Bird WP AG. Utilisation d’une station de filtration automatique Netafim Spin klin. Purge à air Netafim. Raccords compression Plasson.

Les résultats de l’irrigation du lavandin et du blé dur avec du goutte-à-goutte enterré en terme de rendement seront ensuite comparés aux résultats obtenus surla parcelle d’à côté, irriguée en aspersion.

L’idée de ces essais est à terme de convertir l’ensemble du plateau de Valsensoleà la technique du goutte-à-goutte enterré, qui permettrait d’irriguer certaines parcelles qui jusque là ne l’étaient pas, de réaliser d’importantes économies d’eau et de main d’œuvre sur les parcelles irriguées, d’améliorer les rendements du lavandin et de relancer la filière blé dur, en déclin.

Un deuxième essai prévu sur le secteur agricole du Haut-Calavon:

Le deuxième essai sera réalisé dans la commune de Reillanne, dans le parc du Lubéron, près de la vallée de la Durance. Le secteur agricole du Haut-Calavon est au secet n’a comme ressource en eau que quelques forages ou retenues collinaires. Dans les années à venir, les pouvoirs publics vont limiter, voir bloquer les prélèvements d’eau destiné à un usage agricole ; tout l’enjeu pour les agriculteurs sera de pouvoir continuerà irriguer avec moins d’eau dans des bassins versants déficitaires en eau.

Pour réaliser ces essais, l’équipe du Canal de Provence va s’implanter chez un agriculteur équipé d’une retenue collinaire, spécialisé en grande culture (blé, maïs). Jusqu’à présent, cet agriculteur irriguait avec un enrouleur. Comme lors de l’essai précédent, la parcelle, quifait entre 1 à 1,5 hectares, va être équipée avec un système de goutte-à-goutte enterré Netafimde type « drip corn » à 35 cm de profondeur. Cette fois-ci, le sol n’étant pas caillouteux, l’installation devrait être très facile. Comme lors de l’essai précédent, l’installation seracomposée de lignes de goutte-à-goutte enterré, d‘un programmateur parc et jardin classique permettant de mettre en route l’irrigation à distance, d’une pompe et d’un système de filtration automatique.

Concernant les risques de colmatage,le système ne risque pas de se boucher par une entrée de terre dans le goutteur car il s’agit de goutteurs anti-siphons, maisle bouchage peut être du à un problème de filtration. Dans ce cas, il faudra remplacer les quelques mètres de tuyaux défectueux.

Lors de l’installation des lignes, elles ont été balisées par GPS, ce qui permet à l’agriculteur de les localiser.

Comme lors de l’essai précédent, un système de télétransmission permettra de suivre la parcelle et les mesures de débit et de pression à partir du centre de télécontrôle du Canal de Provence, outil de remontée d’informations servant à l’aide au pilotage agronomique.

Le Canal de Provence a pour mission d’accompagner l’agriculteur. En effet, l’irrigation, qui se fait par les racines, nécessite une surveillance différente de la part de l’agriculteur.

Les essais vont s’étaler sur trois années et les résultats seront rendus publics à l’issue des tests. A l’issue des essais, les deux agriculteurs deviendront propriétaires des systèmes d’irrigation installés sur leur parcelle.

Conclusion

Ces essais ont pour objectif de promouvoir la nouvelle technologie du goutte-à-goutte enterré, apparue depuis peu en France mais très répandue dans certains pays, et de démontrer, par un protocole scientifique, qu’elle peut répondre aux problématiques de gestion de l’eau et d’irrigation rencontrées sur le territoire du Val de Durance.

En effet, le goutte-à-goutte enterré présente de nombreux avantages : permettant un pilotage précis des irrigations et des plans de fertilisation, cette technologie génère d’importantes économies d’eau et de main d’œuvre pour créer des gains de rendements. Elle est particulièrement adaptée aux régions ventées. Cette technique présente également l’avantage de limiter le vandalisme et le risque de casse.