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Après les films agricoles en 2009, les ficelles et les filets balles rondes en 2013, puis les filets paragrêles en 2015, ce sont désormais les gaines souples d’irrigation usagées qui ont leur filière de récupération de plastique agricole. Cette filière fonctionne selon le principe de responsabilité partagée, et nous allons voir dans cet article comment  tous les acteurs (fabricants, metteurs en marché, distributeurs et agriculteurs) se sont engagés ensemble et ont construit une filière nationale ouverte à tous les agriculteurs depuis janvier 2019.

Une éco-contribution pour financer la filière

Les gaines souples d’irrigation permettent d’apporter au pied de la plante exactement la quantité d’eau ont elle a besoin et sont par conséquent à l’origine  d’importantes économies d’eau. Elles sont vertueuses d’un point de vue écologique, mais présentent un inconvénient, elles ne durent en général qu’une ou au maximum  deux  saisons et doivent ensuite être remplacées. Se pose alors la délicate question de leur recyclage.

Partant de ce constat, les différents acteurs ont décidé d’organiser ensemble une filière de recyclage pour les gaines souples d’irrigation. Ils ont eu l’idée d’intégrer le coût de collecte et de recyclage dans le prix du produit grâce à une éco-contribution.  Concrètement, il s’agit d’inclure dans le prix d’achat des gaines souples d’irrigation le coût lié à la fin de vie du produit. « La collecte de cette éco-contribution est la responsabilité du premier metteur en marché sur le territoire, c’est-à-dire du fabricant » explique Bernard Lemoine, directeur du CPA.

Les fabricants adhérents à la filière doivent afficher et facturer, en sus du prix du produit, le montant de l’éco-contribution par produit qui sera payé par l’agriculteur pour financer la filière. Pour les gaines souples d’irrigation, son montant, fruit d’un consensus entre les différents acteurs, a été fixé à 75 € HT/tonne pour démarrer ; il sera réévalué chaque année. Les gaines incluent cette éco-contribution dans leur prix de vente depuis le 1er janvier 2019.

Ainsi, les fabricants assurent l’élimination, la récupération et le recyclage du produit, mais ils ne peuvent pas le faire tout seuls. La filière a été confiée à Adivalor qui organise les collectes dans chaque département, et au CPA qui gère la collecte d’un point de vue financier.

 

200 points de collecte sur le territoire

Le CPA  gère la filière d’un point de vue financier et reverse l’éco-contribution à Adivalor qui organise les collectes dans chaque département, souvent animées par la chambre d’agriculture locale.

« Les détails liés à la collecte et au recyclage doivent encore être affinés, mais les pistes sont déjà bien tracées » explique Pierre de Lépineau, directeur général d’Adivalor.

Et il poursuit : « Ce qui coûte cher dans le collecte, c’est le transport. On a donc fixé un seuil d’intervention pour lequel on intervient à coût zéro ». Ainsi, les plus grandes exploi­tations agricoles (ayant au minimum 3 tonnes de gaine plastique usagée) pourront être collectées directe­ment chez elles. Celles de taille plus modeste devront acheminer leurs plastiques usagés vers des points de collecte collec­tifs qui devront être mis en place. Trois tonnes de gaines plastiques usagées correspond à 30 kilomètres de gaine, ce qui correspond à peu près à des exploitations de 30 hectares de culture. Cela devrait représenter la moitié des exploitations concernées.

« Les premières collectes démarreront en avril 2019, il reste du temps pour s’organiser » remarque Pierre de Lépineau.

Concrètement, les opérateurs de collec­te sont, en ce qui concerne les gai­nes, les distributeurs généralistes d’intrants agricoles des maraîchers et les distributeurs spéciali­sés en matériel d‘irri­gation.  « Il y en a à peu près 200 sur tout le territoire, dans des zones de maraîchage très ciblées, plu­tôt dans le Sud de la France et en pays Nantais, ainsi qu’en Bretagne et dans le Nord sur des pro­ductions bien  spécifi­ques » remarque M. Lépineau. La décision d’un distri­buteur de devenir opéra­teur de collecte relève d’une démarche vo­lontaire. Ils  ne sont pas obligés de partic­iper, mais ils y ont intérêt car on est dans cette logique où un produit vendu doit être accompagné dans son utilisation. En participant à la collecte, ils proposent à leurs clients un service supplémentaire. Certains ont déjà intégré cette pratique avec d’autres déchets plastiques agricoles déjà collectés par Adivalor  (tels que films agricoles, les ficelles et les filets balles rondes ou encore les filets paragrêles). « Pour les nouveaux distributeurs adhérents à la filière, il faut s’adapter au changement. Ils doivent s’organiser pour réceptionner et stocker les déchets » précise M. Lépineau, « une formation sera peut-être nécessaire ».

Adivalor est également chargé d’organiser les opérations de recyclage des gaines. Les granules recyclés sont ensuite intégrés dans de nouveaux produits, tels que des sacs poubelles, des tubes ou des canalisations, des raccords en plastiques... On se situe dans une économie circulaire. 

 

Consignes de préparation des gaines aux agriculteurs

Il y a trois options pour les utilisateurs :

• laisser les gaines dans la nature ou les brûler, mais cela n’est plus possible compte tenu de la régle­mentation actuelle ;

• se débrouiller seule et trouver une société pour se débarrasser des gaines usagées ;

• ou avoir un système avec une filière collective, quitte à payer le produit un peu plus cher.

La plupart des agriculteurs optent pour la troisième formule, et c’est même à leur demande que la filière a été créée. Dans le contexte actuel, ce coût est incontournable et répond véritablement à une demande.

La collecte devrait démarrer en avril 2019. D’ici là, Adivalor mènera un travail de formation et d’infor­mation auprès des agriculteurs par le biais des organisations de producteurs notamment, afin de leur faire connaître le cahier des charges à respecter pour la collecte des plastiques. Des consignes de préparation bien précis vont être transmis aux agriculteurs avant la collecte, tels que :

• séparer la gaine du film de paillage,

• fagoter ou enrouler la gaine en bobine,

• stocker sur une aire stabilisée, accessible à un semi-remorque.

Les agriculteurs seront informés sur la collecte via les fabricants et les distributeurs lors de l’achat du produit, par voie de presse (deux ou trois médias sont intéressés par ces systèmes), ainsi que lors d’une conférence de presse sur le sujet qui aura lieu au Sival (salon des maraîchers) en janvier 2019.

Mais quoiqu’il en soit, les agriculteurs sont rompus à ce type de pratiques ; ils recyclent déjà depuis plusieurs années leurs autres déchets agricoles plastiques.

« Notre objectif est que d’ici à 2022, on collecte 50 % des gaines souples d’irrigation et que 75 % d’entre elles soient recyclées », précise Pierre de Lépineau. Actuellement, le taux de collecte tourne autour de 35 %, mais les acteurs du plastique agricole sont unanimes : « Si la filière n’avait pas été mise en place, le taux de collecte aurait très certainement chuté à 20 % ».

 

Conclusion

Ce mode de fonctionnement entre dans une stratégie européenne des plastiques. « Nous devons considérer le produit non pas dans sa durée de vie mais sur toute la chaîne. C’est une nouvelle façon de raisonner, dans une économie circulaire ». précise M. Lépineau. « On voit ce système se développer en Europe mais aussi dans le monde,  en Amérique du Nord, en Amérique Latine, en Inde ».