Retourner à la liste

Le goutte-à-goutte en espace vert : un marché en fort développement

 

Les systèmes de micro-irrigation sont fréquemment utilisés en parc et jardin pour arroser les massifs et les parterres de fleurs. L’arrosage goutte-à-goutte offre également des solutions pour les zones d’espaces verts difficiles à arroser, les bandes de gazons étroites, les espaces verts courbes, les zones en pente ou les îlots d’aires de stationnement. Pour le gazon, on optera pour du goutte-à-goutte enterré.

Un marché en fort développement

Aux États-Unis, la demande pour l’irrigation goutte-à-goutte a beaucoup augmenté ces cinq dernières années. Selon Mike Garcia, installateur, un nouveau type de propriétaire de maison individuelle est en train d’émerger. « Un nouveau type de clients est apparu » explique Mike Garcia, propriétaire et fondateur de Enviroscape L.A. à Rodondo Beach en Californie « Je les appelle La génération Internet. Ces personnes sont sensibilisées aux questions environnementales et à la nécessité de sauver la planète. Lorsqu’ils viennent vers moi, ils connaissent déjà les avantages de l’irrigation goutte-à-goutte, mais me demandent par exemple si les systèmes sont en matériaux recyclables ».  

Ces nouveaux clients ne veulent pas dans leur jardin de matériaux qui puissent  potentiellement nuire à leurs enfants. La question la plus fréquente est la suivante : « Et les intrusions de racines ? ». Ils savent que certains matériaux de micro-irrigation sont imprégnés d’herbicides. « Et ils ne veulent pas de cela. Ils veulent que leurs enfants puissent jouer sur leur pelouse sans être exposés aux produits chimiques ». Garcia leur explique que la plupart des  systèmes actuels ont des dispositifs anti-racinaires naturels. « Lorsque le client entend ça, la vente est quasiment faite » explique M. Garcia.

 Il précise  également que les demandes ont beaucoup augmentées depuis les cinq dernières années à cause de la sécheresse qui sévit dans le Sud-Ouest  des États-Unis, notamment en Californie, qui est de loin le plus gros marché, puis au Texas. Les propriétaires de maisons individuelles sont soumis à des restrictions d’eau drastiques : un jour les côtés pairs sont autorisés à arroser, et le lendemain les côtés impairs.

Selon Garcia : « La sécheresse qui sévit dans l’ouest des États-Unis a fait plus pour l’arrosage goutte-à-goutte que tous les efforts marketing réalisés par les entreprises ces dix dernières années ». Garcia a également réussi à convertir quelques clients commerciaux, mais cela a été plus difficile ; il a fallu montrer aux prescripteurs de grands projets commerciaux les économies d’eau qu’ils pourraient réaliser en installant un système d’arrosage goutte-à-goutte. Une fois qu’ils comprennent à quel point cela peut être bénéfique pour eux et leurs clients, alors la vente est paratiquement faite.

En Europe, notamment en France, le marché du goutte-à-goutte en parc et jardin augmente d’années en années, car beaucoup de communes veulent faire des économies d’eau. « C’est le cas à Paris où le tramway va être arrosé avec de l’eau brute de la Seine » explique William Lombardo, responsable du goutte-à-goutte espace verts chez Netafim France. Et il poursuit : « c’est aussi le cas des villes de Lyon et de Marseille. Les municipalités recherchent davantage les économies d’eau que l’embellissement ».

Le marché du particulier augmente également, notamment pour l’arrosage des haies et des parterres de fleurs. Les particuliers recherchent davantage un prix qu’une marque et une fois que le produit est bouché, ils le jettent et le remplacent. C’est un marché de renouvellement.

En revanche, contrairement aux États-Unis, le goutte-à-goutte enterré reste marginal en Europe ; les installateurs sont un peu frileux pour l’installer. M. Lombardo explique que « pour un projet de goutte-à-goutte enterré, il faut être beaucoup plus rigoureux. Une bonne étude hydraulique en amont est indispensable et il faut faire l’installation dans les règles de l’art ». Les installateurs ne savent pas forcément encore le faire. Il reprend : « À chaque fois que l’on fait une vente de goutte-à-goutte enterré, je mets mon nez dedans car on ne veut pas d’une installation qui ne fonctionne pas ».

 

Quelques règles d’installation

Afin de ne pas avoir de problèmes ensuite, certaine règles doivent être respectées dans une installation d’arrosage goutte-à-goutte. Il faut séparer les réseaux en fonction du type de végétation (gazon ou massif) et veiller à ce que chaque secteur corresponde à un même besoin en eau (ombre ou zone ensoleillée). Un programmateur se chargera d’ouvrir les différentes électrovannes du secteur.

Un régulateur de pression en amont du réseau évitera que la pression ne dépasse les 4 bars et n’endommage les tuyaux de goutte-à-goutte. Il est souhaitable d’avoir le débit le plus faible possible pour optimiser la diffusion par capillarité et éviter les pertes par percolation. Le débit nécessaire doit également être inférieur au débit d’entrée disponible, afin d’avoir une vitesse d’eau suffisante dans les tuyaux à l’ouverture de la vanne (0,,4 m/s au minimum). Cette « vague » assure le lavage des sédiments accumulés dans les tuyaux lors du précédent arrosage. L’eau assure ainsi le nettoyage du goutteur, qui est alors dit « autonettoyant ». Les modèles modernes sont également « auto-régulants » : leur débit reste constant sur une plage de pression de fonctionnement allant habituellement de 0,5 à 4 bars. Ceci permet d’obtenir des débits homogènes sur toute la longueur du tuyau et dans les pentes.

La filtration de 130 microns habituellement préconisée en amont du réseau, laisse en effet passer les argiles, les limons, la matière organique et les minéraux en suspension qui peuvent, à terme, boucher les tuyaux ; pour les eaux chargées (fort taux de MES), propices au développement des bactéries, on peut avoir recours à un prétraitement aux UV ou à de la micro-oxygénation. En revanche, les eaux ferrugineuses nécessitent un coût de traitement rédhibitoire.

Chaque secteur doit en plus comporter une vanne à air au point le plus haut et une vanne de purge au point les plus éloignés.

À ces caractéristiques partagées par l’ensemble des goutteurs se rajoutent deux problématiques spécifiques aux systèmes enterrés : l’effet de succion à la fermeture de la vanne, qui aspire les particules de terre dans le tuyau, et l'intrusion des racines. Certains fabricants intègrent des dispositifs anti-siphon dans leurs goutteurs, en complément de la vanne d'entrée d'air positionnée sur le réseau.

Et chaque fabricant a développé son propre dispositif anti-racinaire. Netafim et Rain Bird ont opté pour les barrières physiques alors que Toro a choisi une barrière chimique.

 

Longueur des lignes, espacement des goutteurs et des lignes et profondeur d’enfouissement pour le goutte-à-goutte enterré

Il convient de choisir l'écartement des goutteurs (30 ou 50 cm) et d'adapter l'espacement des lignes en fonction de la végétation et de la nature du sol. En effet, plus la proportion de sable est forte, plus la vitesse d'infiltration augmente. Le profil d'humidité a ainsi tendance à s'allonger verticalement, ce qui nécessite de resserrer les lignes. De la même façon, plus la végétation est dense et plus il faut rapprocher les goutteurs. En règle générale, l'espacement inter goutteurs et interlignes est de 30/30 cm pour un gazon et de 50/50 cm pour des arbustes.

La longueur maximale des lignes est fonction de la pression d’entrée et de l’écartement entre les goutteurs. Plus la pression d’entrée est forte, plus la longueur maximale des rampes est élevée. De même, la longueur des lignes va être d’autant plus élevée que l’écartement entre les goutteurs et les lignes sera élevé.

En ce qui concerne le goutte-à-goutte enterré, se pose aussi la question de la profondeur d'enfouissement. Les tuyaux doivent être placés dans la rhizosphère, idéalement entre la surface et la zone racinaire. Pour le gazon, la profondeur conseillée varie entre 5 et 15 cm en fonction des espèces de graminées utilisées (5 cm sous du ray-grass anglais et 15 cm pour la fétuque). Sous des massifs arbustifs, elle va de 5 à 30 cm. Si des interventions mécaniques sont envisagées (binage, carottage), il faut veiller à positionner l'installation hors de portée des outils. En revanche, le décompactage, trop profond, est proscrit.

 

Les avantages par rapport à l’arrosage par aspersion

Contrairement à l’arrosage par aspersion, la micro-irrigation (ou irrigation localisée) libère l’eau, en petite quantités, directement au niveau des racines. Fini les projections sur les zones passantes et la formation de flaques sur la chaussée. Les phénomènes de ruissellement, d’évaporation ou de dérives liées au vent sont donc considérablement réduits par rapport aux systèmes aériens. La percolation vers les nappes phréatiques est également moins importante car l’eau a plutôt tendance à se déplacer par capillarité et non par gravité. Ainsi, les économies d’eau  se situeraient entre 30 et 70 % par rapport à l’aspersion. En effet, avec le  goutte-à-goutte, plus de 90 % de l’eau va directement à la plante  ou dans la pelouse.

Cette irrigation par la racine offre également plus de flexibilité pour l’arrosage des espaces fréquentés par le public. Les arrosages peuvent être programmés  pendant la journée, et l’on n’est pas obligé d’attendre la nuit, comme avec un système d’arrosage par aspersion. De plus, l’arrosage goutte-à-goutte réduit considérablement les risques de vandalisme et de vol. Ceci est particulièrement vrai pour le goutte-à-goutte enterré, car le système est entièrement caché à la vue et donc aux tentations. Les systèmes enterrés génèrent par la même occasion des économies indirectes, liées à la baisse d’interventions de maintenance.