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Irriguer les vignobles Varois

la Société du Canal de Provence projette de développer ses réseaux d’irrigation sur l’ensemble des territoires concernés, soit environ 20 000 ha sur l’ensemble du Var.
Comparaison : cumul de pluies de janvier à mai 2017 par rapport à la moyenne décennale 2006-2016

Les syndicats des vins des Côtes de Provence, des Coteaux Varois et des IGP du Var, la Société du Canal de Provence et la Chambre d’agriculture s’allient pour irriguer les vignobles Varois et compenser les effets négatifs des changements climatiques.

Affaiblissement des ceps, perte et détérioration des arômes, diminution de l’acidité des vins, excès de tanins, pertes de rendement pouvant se répercuter sur les récoltes de plusieurs millésimes, voire phéno­mènes de dépérissement des vignobles méridionaux, telles sont les conséquences observées d’un stress hydrique marqué ces dernières années.

Face à l’augmentation des températures, à la fré­quence et à l’intensité des sécheresses, plusieurs solutions d’adaptation des vignobles sont possibles : le rempla­cement des cépages les plus sensibles par d’autres plus résistants, l’amélioration des propriétés physiques des sols, ou encore l’irrigation raisonnée. Sans adap­tation, la qualité des vins AOC sera affectée. L’enjeu concerne aujour­d’hui la durabilité du vignoble, impactant écono­miquement l’ensemble de la filière viticole.

L’irrigation est ainsi le principal levier pour compenser un stress hydrique sévère. En particulier, la production de vins rosés (90 % des volumes produits en AOC Côtes de Provence) est plus contraignante du point de vue hydrique que la production de vins rouges tanniques, colorés ou de garde. L’irrigation permet de rééquilibrer le métabolisme de la vigne les années sèches, et ainsi de d’obtenir une qualité plus régulière entre les millésimes, de répondre chaque année aux objectifs de rendement de l’appellation, et ainsi de régulariser la production afin de sauvegarder les marchés.

Face à ce constat, la Société du Canal de Provence, en partenariat avec les syndicats des vins et la chambre d’agriculture, projette de développer ses réseaux d’irrigation sur l’ensemble des territoires concernés, soit environ 20 000 ha sur l’ensemble du Var.

Ce partenariat a été formalisé le 18 décembre 2017, à la Maison des Vins des Côtes de Provence, dans une convention qui fixe les objectifs communs et le cadre d’intervention de chaque organisme.

 

Genèse d’un projet ambitieux

L’irrigation de la vigne constitue un des enjeux majeurs auxquels les syndicats viticoles et la SCP vont être confrontés dans les années à venir.

Face aux effets prévisibles du changement climatique, qui se caractérisent par une élévation des tempé­ratures et de l’évapotranspiration des cultures, et par une progression des périodes sèches, l’irrigation raisonnée de la vigne est un moyen d’adaptation permettant de garantir la pérennité de la production viticole de la région, et tout particulièrement celle du département du Var (Côtes de Provence, Coteaux Varois en Provence, et IGP du Var). L’irrigation permet en effet de garantir la production en qualité et en quantité et de sécuriser ainsi les marchés à l’exportation.

 

Une convention de partenariat a donc été signée le 18 décembre 2017

L’objectif est de réaliser de nouveaux aménagements hydrauliques dans le Var, afin de desservir et sécuriser des territoires essentiellement viticoles représentant une surface totale d’environ 20 000 ha. Une première convention doit être signée définissant les objectifs suivants :

• développer l’accès à l’eau pour la viticulture du Var et ainsi développer les réseaux d’irrigation viticoles pour le plus grand nombre et au plus près des îlots viticoles,

• faciliter la mise en oeuvre rapide de ces réseaux d’irri­gation au plus près des producteurs, et sur l’ensemble du territoire couvert par les 3 dénominations,

• communiquer auprès des collectivités territoriales et des acteurs institutionnels sur l’intérêt de l’irri­gation pour la filière viticole et la nécessité de son dévelop­pement,

• contribuer, par des actions de communication, à l’acceptation de l’irrigation viticole par le grand public et par les leaders d’opinion,

• définir les modalités de participation des viticulteurs au financement des aménagements hydrauliques,

en complément des collectivités territoriales et organis­mes publics, et d’un autofinancement de la Société du Canal de Provence afin de réunir les conditions d’un équilibre financier global permettant la réalisation des projets,

• Mobiliser ces financements, auprès des acteurs de la filière et des collectivités territoriales et organis­mes publics.

 

Les impacts de la contrainte hydrique : Un stress hydrique modéré est positif pour la vigne.

Une contrainte hydrique modérée est nécessaire pour obtenir une vigueur moyenne, et un équilibre entre une croissance végétative optimale et non excessive et un bon chargement en sucre (Carbonneau, 1999).

Un stress hydrique sévère, c’est-à-dire l’apparition de la contrainte hydrique, est perceptible lorsque la vigne met en place des mécanismes visant à limiter ses pertes en eau.

« L’irrigation, considérée jusqu’ici comme un facteur de production, doit être comprise aujourd’hui comme un facteur de durabilité. »

Le grand public a tendance à faire un rapprochement entre une vigne qui souffre et un bon millésime.

Selon les propos de M. Alain Carbonneau, d’Agrosup Montpelier, la vigne ne doit pas subir un stress hydrique trop important.

Or, ces dernières années, le niveau de stress hydrique est tel que nous sommes passés d’un stade où le stress hydrique était bénéfique à un stade où le stress hydrique devient sévère.

Comme la figure suivante, les cumuls de précipi­tations du début d’année 2017 sur les stations météos varoises, entre janvier et mai 2017, sont bien infé­rieurs à la moyenne décennale (2006-2016) sur la même période.

 

Quelle conséquence sur la vigne ?

La contrainte hydrique impacte la croissance végéta­tive, le développement des grappes et le fonction­nement photosynthétique. Elle entraine des pertes de rendement pouvant se répercuter sur les récoltes de plusieurs millésimes, la diminution du potentiel oeno­lo­gique des raisins (arrêt de chargement en sucre, détérioration des arômes, pertes d’acidité, augmen­tation de l’astringence et de la couleur) et un affaiblis­sement général des ceps.

Ces effets ne sont pas recherchés au sein de l’appel­lation Côtes de Provence qui produit majoritairement des rosés. Les vins produits dans ce contexte sont en inéquation avec le profil produit recherché : des rosés faiblement teintés, secs, autour de 12,5 % vol., avec une faible astringence, un bon équilibre acide et une fraîcheur aromatique.