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Chambord retrouve ses jardins à la Française

Imaginés sous Louis XIV, avec un dessin réalisé en 1734, ces jardins ont existé pendant plus de deux siècles. Tombés peu à peu en désuétude, ils ont finalement été réduits à l’état de simples parterres engazonnés en 1970, état de transition qui a perduré plus de 40 ans.

 

En 2107, Chambord s’est transformé de façon spectaculaire : le château a retrouvé ses jardins à la française tels qu’ils étaient au XVIIIe siècle. Ces jardins, qui  s’étendent sur six hectares et demi au pied de la façade nord du château, abritent aujourd’hui plus de 600 arbres, 800 arbustes, 200 rosiers, 15 250 plantes délimitant les bordures, et 18 874 m2 de pelouses. Ce chantier-éclair a débuté au mois d’août 2016 et s’est achevé cinq mois plus tard. Il a été intégralement financé par un mécène américain, M. Stephen A. Schwarzman, président et fondateur de la société Balckstone. La société SIREV s’est chargée de la partie arrosage du chantier.

 

Des jardins reconstitués comme au XVIIIe siècle

Imaginés sous Louis XIV, avec un dessin réalisé en 1734, ces jardins ont existé pendant plus de deux siècles. Tombés peu à peu en désuétude, ils ont finalement été réduits à l’état de simples parterres engazonnés en 1970, état de transition qui a perduré pendant plus de 40 ans.

La restitution de ces jardins a nécessité une analyse préalable des sources historiques disponibles pour étayer le projet. Cette enquête a conduit à examiner à la fois des archives et les gravures, mais aussi à les confronter aux éléments de terrain établis par des son­dages archéologiques, des prospections géophys­iques ou une fouille plus systématique.

Grâce à ces enquêtes, le projet restitue de façon exemplaire les jardins à la française tels qu’ils étaient au  milieu du XVIIIe siècle.

L’espace château-jardin est organisé selon un principe de quadripartition, dont l’édifice est le module de base (voir p. 51) ; les trois autres carrés forment des jardins. Les parterres de gazon, plates-bandes, alignements et quinconces d’arbres ou charmilles sont restitués dans leur forme et leurs dimensions d’origine. Les allées et contre-allées retrou­vent également leur emplacement du XVIIIe siècle. Seules les essences végétales ont du être adaptées aux conditions climatiques et phyto­sanitaires actuelles. Par exemple, les marronniers d’Inde et buis autrefois plantés dans le jardin souffrent aujourd’hui de maladies ; ils ont été remplacés par des essences offrant une vision esthétique proche.

 

Installation d’arrosage des jardins à la française

Accompagnée de Jean-François Malgogne de la société Sirev, par une journée caniculaire de juin, nous nous dirigeons vers le premier carré du jardin à la française qui se trouve devant la face nord du château. Là, deux magnifiques pelouses ornées de broderies telles qu’elles avaient été dessinées par Le Nôtre se déploient, superbes.

Elles sont entourées de plates-bandes fleuries. « Pour ces plates-bandes, M. Jourd’heuil a sélectionné des végétaux dans le respect de la restitution his­torique, mais certaines espè­ces ont du être adaptées aux conditions climatiques et phy­to­sanitaires actuelles », expli­que M. Malgogne. On peut y voir des ifs taillés en cône, qui devraient  mesurer entre deux et trois mètres de haut. Il s’agit de la même espèce présente dans les jardins de Chambord au XVIIIe siècle. En revanche, les buis, qui aujourd’hui sont atteints de maladies, ont été remplacés par du fusain japo­nais à petites feuilles. Et les plantes annuelles ont été remplacées par des plantes vivaces, plus résistantes,  qui ont une durée de vie de plusieurs années et nécessitent peu de soin pour prospérer.

Enfin, entre les différents carrés qui forment ces jardins à la françaises, des allées simples ou doubles de tilleuls ont été plantées. À l’origine, l’espèce plantée était le marronnier d’Inde mais celle-ci a été écartée car victime d’un parasite qui ne peut être combattu que par l’usage de pesticides, contraire à la politique environne­mentale du domaine.

Pour arroser l’ensemble, ont été posés  trois systèmes d’arrosage en parallèle :

• des arroseurs grande portée 8500 Rain Bird en inox pour l’arrosage des pelouses, à raison de deux rangées d’arroseurs périphériques et d’une rangée centrale ;

• un système d’arrosage  goutte-à-goutte autorégulant pour les massifs floraux, disposé pour avoir une densité uniforme de 6 goutteurs par m².

• des bubblers RWS pour arroser les  arbres, à raison de 3 bubblers enterrés autour de chaque arbre. Les  macro-goutteurs sont installés au moment de la plantation autour de l’arbre.

Entre les allées, nous pouvons apercevoir les regards d’électrovannes, recouverts de graviers. Ils ont été dissimulés de la vue de promeneurs à la demande des Monuments Historiques.

L’installation est 100 % Rain Bird, car le paysagiste M. Jourd’heuil voulait un seul fabricant proposant une gamme complète de matériel d’arrosage pas trop sophistiqué et de bonne qualité.

Le tout est piloté par un programmateur Rain Bird ESP LXD et un système de gestion centralisée IQ Cloud, système à décodeur non-séquentiel contrôlé par débimétrie avec un logiciel hébergé. « Le logiciel n’est pas sur place, mais les responsables de l’entretien du site et nous même y ont accès via leur téléphone portable, tablette ou ordinateur » précise M. Malgogne.

« Concernant l’entretien du site, un employé de l’entre­prise  d’espaces verts Richard est là tous les jours, et nous gérons l’outil de travail », expli­que M. Malgogne. Le logi­ciel IQ Cloud a les données météo sur la région et en fait une synthèse. Tous les jours, le jardinier envoie un email à l’entreprise SIREV. « L’outil est sophistiqué mais c’est tou­jours le jardinier qui a le dernier mot » précise  M. Malgogne.

La première année est impor­tante car les espèces végéta­les viennent juste d’être plan­tées sur une terre très pauvre. Il ne faut pas oublier que les jardins de Chambord sont artificiels. Le jour de notre visite, le temps était caniculaire, il faisait 39 ° C à l’ombre et M. Malgogne a donné la consi­gne d’augmenter les quantités d’eau d’arrosage : « Il faut passer de 4 à 8 mm cette semaine », explique-t-il. Les gestionnaires du site sont très vigilants car ils ne veulent aucune perte au niveau des végétaux.

Nous nous dirigeons ensuite vers le second carré plantés de 400 prunus (merisiers à fleurs dou­bles), composé en quatre bosquets carrés sur un sol engazonné. Ces arbres sont arrosés avec des tuyères équipées de buses rotatives, dont la portée et la couverture sont excellentes, et qui optimi­sent la consommation d’eau.

 

La station de pompage devrait aussi servir aussi à arroser le jardin à l’anglaise

Nous nous dirigeons enfin vers la station de pompage qui se situe à proximité du parterre est, juste au-dessus du canal, réservoir d’eau brute permettant d’arroser les jardins.

Le local qui abrite la station de pompage était jusqu’à maintenant utilisé par les pompiers pour la défense incendie. Ces derniers vont passer en colonne sèche au mois de septembre, et il a été possible de récupérer les pompes et les cuves existantes pour l’arrosage des jardins.

À l’extérieur se trouvent le programmateur et l’armoire électrique. Nous descendons ensuite dans le local technique qui abrite la station de pom­page. Là, nous aperce­vons les cuves qui per­mettent de stocker un volume tampon de 500 m3 d’eau, ce qui représente en moyenne 5 jours d’arrosage ; une première pom­pe puise dans le canal et remplit les cuves. Ensuite l’eau est filtrée et redirigée vers l’extérieur, dans le réseau d’arrosage.

Un logiciel (VISEO SIREV) a été développé en interne afin de gérer la station de pompage à distance. Il permet d’activer le démarrage des pompes, donne les courbes de débit, de pression et de niveau d’eau, ainsi que la consommation électrique.

Cette station de pompage devrait aussi permettre à terme d’arroser le jardin à l’anglaise qui se trouve à proximité de l’entrée du château. Ce jardin a été créé par le même paysagiste Thierry Jourd’heuil un peu avant les jardins à la françaises, sans arrosage, en accord avec la politique environnementale du domaine. Mais la canicule de ce printemps est en train de faire changer d’avis les responsables du domaine, car une pelouse grillée pour accueillir les visiteurs n’est pas du meilleur effet. De plus, ils ne veulent pas prendre le risque de laisser mourir une végétation de qualité.