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Otto Roiss, CEO de Bauer Group
Siège social de Bauer, à Voitsberg en Autriche

Dans les années 20, un jeune ingénieur nommé Rudolf Bauer quitte Vienne,  frappée de plein fouet par la crise, pour travailler dans une usine près de Graz. Là, il observe  des agriculteurs travailler et constate les difficultés qu’ils rencontrent pour transporter les lisiers jusqu’aux  champs. Il a alors l’idée d’inventer une pompe, et  c’est ainsi que naquit la société Bauer.

Fondée en 1930, la société commence par fabriquer des pompes pour trans­porter les boues et les eaux usées. À la fin des années 30, la société se développe grâce à la mise au point d’une pompe à piston à grande vitesse. Cette pompe haute pression a la même capacité que des pompes équivalentes, mais elle est trois fois plus légère.

En 1947, Bauer se lance pour la première fois dans la production de pompes d’irrigation et d’arroseurs. Et invente l’accou­plement à fermeture à levier breveté Bauer, invention qui a joué un rôle déterminant dans l’expansion de la société. C’est en effet grâce à ce produit inédit qu’il a été possible de construire des canalisations sans perdre de temps, sans difficulté et avec une grande souplesse. Ainsi ont été posés les premiers jalons du développement de systèmes d’irrigation complets.

Au début des années 70 commence le développement et la fabrication de l’enrouleur Rain Star, un des produits-phares de la société, encore fabriqué aujourd’hui.

En 1977 démarre la plannification et la mise en œuvre de grands projets industriels intégrés, qui ont contribué à accroître la notoriété de la société. Et en 1980 démarre la fabrication de pivots et de rampes frontales qui a fait de Bauer un spécialiste de l’irrigation mondialement reconnu.

En 1991, le fondateur se sépare de la société, reprise par un allemand, Willi Kopf. En 1997, la société s’implante en Chine et en 1999 est mis en place et commercialisé le premier système de contrôle électronique pour pivot « Centerliner ».

En 2003, l’entreprise est rachetée par les propriétaires actuels, Otto Roiss, Andreas Schitter, Heimo Wiesinger, malheureusement décédé dans un accident de voiture il y a trois ans, et une société d’investissement.

Le groupe a depuis procédé à plusieurs rachats straté­giques de sociétés ; la société allemande Eckart Maschinenbau qui fabrique du biogaz et des camions-citernes permettant de transporter le lisier dans les champs est racheté en 2003 ; en 2004, c’est au tour de FAN Separator, société allemande également, spécialisée dans la fabrication de séparateurs. En 2007, Bauer rachète la société allemande BSA qui fabrique des camions-citernes. Et enfin en 2014, Bauer rachète BNH Landtechnik, chaîne allemande de revendeurs de matériel agricole en Rhénanie du Nord-Westphalie.

En 2005, le groupe part à la conquête du monde avec la fondation de deux filiales : Bauer Australie et Bauer Afrique du Sud. En 2016, Bauer ouvre une nouvelle usine au Brésil, à 200 kilomètres au Nord de Sao Paulo.

 

Bauer aujourd’hui

Bauer est aujourd’hui un groupe mondialisé qui emploie au total 675 personnes. Son siège social se trouve à Voitsberg en Autriche, près de la ville de Graz.

La société est présente dans les secteurs de l’irrigation et du traitement des eaux usées. « La philosophie de l’entreprise est que rien ne se perd et que tout doit être réutilisé dans un système complet » explique Otto Roiss, le CEO du groupe. À la ferme, les boues et les excréments du bétail sont récupérés. Un séparateur permet de désolidariser la partie liquide de la partie solide. La partie liquide est réutilisée dans les systèmes d’irrigation pour fertiliser les champs, et la partie solide permet de fabriquer des litières pour animaux réutilisées à la ferme pour les vaches. « Il faut posséder au moins 1000 vaches pour que ce dispositif soit rentable » expli­que M. Roiss.

L’entreprise est présente sur les secteurs économiques suivants :

- l’irrigation : 44 % ;

- le traitement des eaux usées : 39 % ;

- autre : 17 %, dont la production de biogaz et l’activité de distribution.

Le groupe compte six usines de fabrication et/ou d’assemblage en Autriche, en Allemagne, en Slovaquie, au Brésil et en Chine. Dans ces différentes usines, la société fabrique des pivots, des enrouleurs, des tuyaux, des pompes, des arroseurs, des séparateurs et des camions-citernes.

Tous les produits commercialisés par Bauer sont fabriqués sur le site historique de la société à Voitsberg, excepté les camions-citernes fabriqués uniquement en Allemagne, dans les deux usines récemment rachetées. Nous avons eu la chance de visiter l’usine de fabrication et l’usine d’assemblage de Voitsberg. Deux cents personnes y travaillent.

 

L’usine s’agrandit

L’ensemble du site est en rénovation. Des panneaux solaires de 2,3 mégawatts ont récemment été installés sur le toit, ce qui permet à Bauer de jouir d’une pleine autarcie électrique sur le site de Voitsberg. Les avantages sont multiples : l’entreprise baisse ses besoins énergétiques et réduit ainsi ses émissions de CO2. Une consommation énergétique moindre permet de réduire les coûts de production, ce dont profitent également les clients : les prix de vente n’ont augmenté que de manière infime depuis 2014.

Nous entrons tout d’abord dans une immense salle vide, en travaux : « cette nouvelle partie va permettre d’étendre la partie dédiée à la fabrication » explique Franz Peter Roll, directeur des ventes pour l’Europe de l’Ouest.

Ensuite, nous entrons dans la salle de contrôle qualité pour les séparateurs. « Le test des séparateurs est très important car l’intérieur doit absolument être droit et régulier » indique Franz Peter Roll. Les séparateurs sont fabriqués un peu plus loin dans l’usine. Entre 600 et 700 séparateurs sont fabriqués chaque année.

Nous nous dirigeons ensuite dans la partie fabrication propre­ment dite où un robot permet de fabriquer les raccords Bauer. Un peu plus loin, une autre machine fabrique les plaques d’acier utilisées pour la fabrication des enrouleurs et des travées de pivots. « Seules les parties mécaniques des produits sont fabriquées dans les usines Bauer ; les composants électroniques sont sous-traités à l’extérieur » commente M. Roll. En revanche, le fabricant autrichien essaie de fabriquer le maximum de piè­ces mécaniques pour garder son indépendance. « C’est particulièrement vrai pour le Rain Star dont toutes les pièces sont fabriquées à Voitsberg » insiste M. Roll.

Encore un peu plus loin, les plaques d’acier sont en train d’être transformées en tambour pour enrouleurs ou en travées pour pivots. Bauer sous-traite la galvanisation à une société extérieure en Autriche. Mais ensuite, toutes les pièces sont rapatriées à Voitsberg et assem­blées sur place.

Enfin, nous apercevons la machine de découpe au laser, achetée il y a cinq ans et de plus en plus importante pour la société. Elle fonctionne 24 heures sur 24.

Nous nous dirigeons en­suite vers l’usine d’assemblage qui se trouve non loin des bureaux et de l’usine de fabrication, de l’autre côté de la route. C’est là que sont assemblés les enrouleurs Rain Star. À ce niveau de la fabrication, la machine commence à ressembler à un enrouleur. Les boîtes de vitesses et les turbines sont fixées sur les machines. Chaque machine vendue est soumise à des tests. Les turbines sont testées dans différentes situations d’irrigation, on vérifie également que la machine soit capable de guider le tuyau dans une position parfaite. Enfin, y sont ajoutés les systèmes de gestion à distance qui permettent de contrôler les enrouleurs depuis un smartphone, une tablette ou un ordinateur. Entre 1200 et 1500 Rain Star sont fabriqués chaque année. Produit-phare de la société, le Rain Star est vendu partout dans le monde, aussi bien en Europe de l’Ouest qu’en Europe de l’Est, aux États-Unis, en Chine, en Australie, en Amérique du Sud …

Dans l’usine d’assemblage sont également fabri­qués les tuyaux en PE. Le granulés, mous comme du chewing-gum, sont chauffés à 200°. Ils sont ensuite mis au repos 24 heures, à l’extérieur et deviennent très solides. Bientôt, les tuyaux en PE seront fabriqués dans la partie de l’usine de fabrication en construction.

Quant aux pivots, ils sont envoyés en pièces détachées chez le client. Une équipe de Bauer se rend sur place pour faire l’assemblage. Le service après vente est très important, chaque agriculteur est suivi individuellement.

Près de 2500 travées sont vendues chaque année. Les principaux marchés sont l’Australie, la Nouvelle-Zélande, l’Allemagne et la Suède. Peu de machines sont vendues en Autriche et en France ; en Autriche car les surfaces des parcelles sont trop petites et en France car le marché est déjà très occupé par d’autres fabricants.

 

Actuellement, l’irrigation représente 44 % de l’activité du groupe et le traitement des eaux usées 39 %. Selon Otto Roiss, le CEO du groupe, le climat devient de plus en plus extrême, et ces extrêmes infuenceront l’agriculture de demain. « La part de l’irrigation devrait baisser, et celle du traitement des eaux usées augmenter. Nos investissements devraient plutôt aller dans ce sens », prévoit-il.

 

 

 

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