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La Canopée urbaine de Barcelone

Situé à l’intersection des trois principales avenues : Diagonal, Gran Via et Meridiana, l’espace de La Plaça de les Glòries était jusqu’à présent occupé par un nœud autoroutier d’entrée et de sortie de la métropole, avec un tout petit espace vert rond et surélevé au milieu, surnommé avec humour par les barcelonais « le Donut ». Cet espace, bruyant et pollué, était totalement impraticable pour les piétons. Se trouvant à l’articulation entre le quartier moderniste de l’Eixample et le futur axe vert qui reliera les parcs de Trinitat, Sagrera et Ciutadella, Glories représentait une opportunité pour l’émergence d’un parc-place, lieu de promenade et de loisir ouvert sur la ville, et refuge pour la biodiversité.

 

J’arrive sur les lieux accompagnée d’Imma Pedemonte directrice régionale de la société Hunter pour l’Espagne et le Portugal. Nous sommes accueillies par Gemma Rodriguez, coordinatrice des projets et travaux à la direction des espaces verts de la mairie de Barcelone et par Carlos Cabido, directeur de la société Jardieria Bosch qui a réalisé et suivi l’installation du système d’arrosage du nouveau parc ; d’autres employés du service des espaces verts de la ville étaient présents.

 

Un espace totalement remodelé

Glories était le lieu de passage et de croisement de grands axes urbains. Le projet actuel a remplacé l'intersection des grands axes routiers (Gran Via de les Corts Catalanes, Avenida Meridiana et Avenida Diagonal) par une grande place et des axes verts. Gemma Rodriguez m’explique « Le flux de circulation de la Gran Via est souterrain afin de créer un grand parc sans circulation. Et l'avenue Meridiana devient un axe vert. ».

Dans la zone du parc, entre les rues Castillejos et Carthagène, l’artère devient un axe d'utilisation exclusive pour les piétons et les vélos.

Le Rec Comtal, patrimoine hydraulique de la ville de Barcelone, longeait la partie nord de la Plaça de les Glòries, mais au cours du XXe siècle, il a été progressivement enterré sous les bâtiments existants. Gemma poursuit : « le projet prévoit de récupérer le Rec Comtal à la surface, comme une ligne d'eau qui devient un élément essentiel du parc ».

Afin de maximiser la relation entre le parc et son environnement, la nouvelle place devient un espace ouvert, accessible et accueillant. Le parc se veut un espace de communication entre les différents quartiers de son périmètre, jusqu'alors séparés par des infrastructures routières urbaines et métropolitaines. Pour cette raison, les déplacements et les flux entre les quartiers à travers le parc sont renforcés, ainsi que les espaces de contact de ces quartiers avec le parc.

 

Le projet de Canòpia Urbana a plusieurs objectifs 

Le premier objectif de ce projet consiste à parfaire le caractère continu du sol. Sans rupture avec les quartiers environnants, ce sol se déploie tel un plan libre pratiquement horizontal, qui autorise tous les transits, et capable d'une polyvalence maximale.

En second lieu, ce projet vise à restaurer les échanges naturels entre le ciel et le sous-sol, en perméabilisant et en fertilisant la surface actuelle, extrêmement étanche et stérile. Cette stratégie permet de restaurer les échanges biologiques et aquatiques verticaux et horizontaux jusque-là perturbés, première condition pour favoriser l'émergence d'un espace de vie, biologiquement diversifié et capable d'agir comme régulateur climatique.

Le troisième objectif propose de mettre en place une canopée végétale pour les piétons et les vélos. Cette canopée articule les axes verts de l'est de Barcelone et agit comme un puissant connecteur écologique et régulateur climatique pour la ville.

Le quatrième volet correspond à un dispositif d'intensification qui s'exprime par une constellation de «noeuds» ponctuant l'espace du parc. Noeuds de biodiversité, refuges de nature en milieu urbain et noeuds pour des usages culturels et récréatifs.

Enfin l'achèvement de la diagonale comme axe majeur est l'acte ultime de cette stratégie.

Un jardin créé de toute pièce. La première chose que nous voyons en entrant dans le parc est un bâtiment ancien et délabré sur notre droite. Imma m’explique : « Ces bâtiments anciens ont été un peu oubliés car ils étaient cernés par la circulation. Ils vont être rénovés en même temps que le parc ».

Les noeuds de biodiversité. En avançant dans le jardin, nous apercevons un espace fermé qui abrite une végétation très dense. Selon Imma : « Nous appelons ces espaces nœuds de biodiversité, et ils sont interdits au public. Ce sont des réserves pour la biodiversité, végétale et animale ». Le parc en compte trois pour le moment, et il est prévu à terme qu’il y en ait six. Ces nœuds agissent comme des hôtes et des points de dispersion pour les espèces, et leur objectif principal est d'améliorer la biodiversité et d'agir comme des tremplins, en favorisant la connectivité écologique des couloirs verts urbains.

Ces espaces abritent des arbres et des arbustes, essentiellement des espèces méditerranéennes, mais aussi du Chili, de Californie et d’Afrique du Sud.

Les arbres sont arrosés avec du goutte-à-goutte enterré et les arbustes avec du goutte-à-goutte Unitechline de Netafim.

En bordure, nous apercevons des grilles de drainage. Gemma Rodriguez explique : « Il y a un système de drainage durable afin de recharger l’aquifère naturel ». Il y a un système de drainage et de filtration en dessous, afin de créer un aquiphère artificiel.

Les nœuds d’activité. À côté de ces nœuds de biodiversité, il existe aussi des nœuds d'activité, des petits jardins qui ont des utilisations différentes et un accès plus restreint que le reste du parc, car ils peuvent être fermés la nuit. Ainsi le nœud de loisir est un grand espace de jeu pour les enfants, l'agora sensorielle est un jardin de bambous pouvant être utilisé pour des spectacles, les jardins d'immersion et d'accueil sont des espaces végétaux qui configurent les sorties du métro, le nœud doux est destiné aux sports et aux jeux pour enfants et le jardin exotique est à la fois un lieu de séjour et de repos. Dans le parc se trouvent également deux nœuds pour les chiens et leurs propriétaires.

La grande pelouse. Nous nous dirigeons ensuite vers le nord du parc, où un grand espace dans la canopée d'environ 1,1 hectare laisse passer la lumière et le soleil et libère une zone à l'intérieur du parc pour une utilisation flexible et polyvalente. Cet espace, que nous appelons la Gran Clariana, est planté d'une pelouse, comme un grand tapis vert, qui invite les promeneurs à se déplacer librement et à développer un large éventail d'activités récréatives.

Cette immense pelouse est arrosée avec les arroseurs PGP de chez Hunter. « Il faut pas moins de  150 arroseurs  pour l’arroser » détaille Imma. La grande pelouse est entourée d’arbustes qui sont pour leur part arrosés avec des MP Rotator surélevés de 30 cm, car la distance n’était pas assez importante pour pouvoir utiliser des PGP.

Réservoir d’eau et programmation. Nous nous éloignons un peu de la grande pelouse et apercevons une armoire à l’intérieur de laquelle se trouve le programmateur à décodeur ACC qui pilote le système d’arrosage du jardin. Le jardin en compte deux et chacun pilote une moitié du jardin. Imma explique « Pour le moment, le programmateur est ici, mais à terme, il va être déplacé à côté du local technique et de la réserve d’eau ».  Un peu plus loin en effet, nous nous dirigeons vers un petit bâtiment rectangulaire recouvert d’une toiture végétalisée qui est le centre de travail du personnel des parcs et jardins.

Gemma Rodriguez reprend : « Sous le bâtiment, un dépôt permet de stocker les eaux souterraines qui alimentent le jardin. Mais, au moment où, en été, il vient à manquer d’eau, le parc est irrigué avec de l'eau potable. Mais lorsque les puits Glories pourront fonctionner, il y aura beaucoup d'eau souterraine et une partie de cette eau pourra être amenée  sur le littoral ».

La même installation (programmateur et réserves d’eau) se trouve de l’autre côté du parc. Pour résumer, nous avons deux programmateurs et deux prises d'eau pour irriguer l'ensemble.

Le parc est arrosé toute l’année, même en hiver. Naturellement, en fonction de la saison et du temps, il faut changer la programmation.

La Canopée urbaine de Barcelone a été pensée comme un grand toit végétal composé de cimes d'arbres, qui se prolonge jusqu'à l'axe vert Sagrera-Ciutadella, et fonc­tionne comme un puissant connecteur écolo­gique et régulateur climatique pour la ville. Désormais, piétons et vélos pourront traverser une grande partie est de la ville en n’empruntant que des chemins verts.