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Comment redorer l’image dégradée de la culture du maïs

 

Suite au projet très controversé du barrage de Sivens (Tarn) et à la procédure d’infraction lancée par la Commission européenne, le gou­vernement français a décidé de limiter les prélèvements d’eau par les agriculteurs. Con­crètement, aucune création de retenue d’eau à des fins d’irrigation ne sera possible sans avoir préalablement apporté la preuve que la consommation locale des agriculteurs a été réduite. À charge des préfets de surveiller les usages et de tenir une comptabilité des ponc­tions dans les réserves. Dès lors que les agricul­teurs auront fait la preuve de leurs efforts ils pourront bénéficier des aides des agences de l’eau d’où l’intérêt de l’irrigation goutte-à-goutte qu’un agriculteur du Tarn a mis en pratique sur ses cultures de maïs. 

Francis Bourges, agriculteur à Bioules dans le Tarn, produit des semences sur 150 ha irrigués, dont la moitié de maïs. Il dispose des trois systèmes classiques d’irrigation : le pivot, l’enrouleur et l’intégrale. Il a couvert cette année 20 ha en goutte-à-goutte de surface. « L’objectif est de remplacer la couverture intégrale, un système très efficace mais coûteux et très gourmand en temps, pour l’entretien notamment. Si je suis satisfait, je ferai de même sur les 25 ha restants ». La première motivation évoquée s’éloigne pourtant des considérations techniques. « Je cherche à faire évoluer mes pratiques par rapport à l’opinion publique. L’image du maïs a besoin d’être redorée. Si les enrouleurs disparaissent des champs, les restrictions d’irrigation se feront peut-être plus rares. Je ne peux pas envisager l’avenir de mon exploitation sans le maïs. »

 

Enterré ou surface ? 

L’installation de la micro-irrigation enterrée est plus lourde. Les tuyaux sont placés à 35 cm de profondeur. Elle convient à ceux qui ont adopté les Tcs ou le semis direct. L’invisibilité de l’arrosage devient alors un gros avantage en termes d’image, ainsi que le temps gagné en manipulations diverses. Sa durée de vie est estimée à 20 ans. Le retour sur investissement se fait en sept ans. 

Le goutte-à-goutte de surface se révèle plus facile à utiliser. Il concerne toutes les cultures à grand écartement. L’installation peut être déplacée chaque année d’une parcelle à l’autre pour s’adapter à la rotation. Le retour sur investissement se fait en trois ans. 

La gestion du temps est également forte. « Déplacer un enrouleur demande une demi-heure. J’en ai sept. Rien à voir avec le goutte-à-goutte, qui a aussi besoin de surveillance, mais pour lequel un passage en voiture suffit histoire de contrôler que toutes les raies sont humides et l’absence de fuite. » Les contraintes de débit et de pression entrent enfin en ligne de compte. « Je pompe l’eau sur un réseau collectif alors plusieurs agriculteurs peuvent être branchés en même temps… ». Le goutte-à-goutte ne demande qu’une pression de 3 bars au départ. 

 

De petites quantités apportées régulièrement 

La micro-irrigation consiste à apporter de l’eau en petites quantités plus régulièrement. « J’arrose tous les jours pendant 3-4 h voire plus », témoigne Francis Bourges. Les sondes capacitives évaluent la quantité d’eau présente dans le sol et alertent sur les besoins à venir. « Apporter tous les jours, conseille Frédéric Honoré, technico-commer­cial de Modern’irrigation 82, installateur, une quantité d’eau équivalente à l’Etp en prenant en compte la réserve utile si elle est connue. » Francis Bourges ajoute : « Et au moins là je suis sûr que les 1 000 m3 iront au maïs. Je cherche en effet à améliorer l’efficience avant tout. Pour de réelles économies, il me faudra un tensio­mètre. Je verrai plus tard. » 

Il est possible de coupler un système de fertirrigation. « Une telle installation assure, au moment de l’apport, une répartition homogène de l’eau et du fertilisant et la possibilité d’intervenir même aux stades hors limite passage du tracteur ». 

Frédéric Honoré évoque l’économie d’échel­les qu’entraîne le passage au goutte-à-goutte. « Il réduit le développement des adventices, du fait de n’arroser que le rang, ce qui abaisse la note d’herbicides. Il corrige les problèmes de tassement du sol en préservant la struc­ture, avec un effet positif sur la propagation des racines et la diffusion de l’eau et de l’engrais. Enfin, et surtout, il améliore l’effi­cience de ces deux éléments. Un réel progrès par rapport à l’irrigation par aspersion par exemple où 30 à 40 % de l’eau est perdue. »

 

Un marché en développement 

L’arboriculture et le maraîchage sont le cœur d’activité de Netafim, spécialiste de la micro-irrigation. « Les grandes cultures, explique Louis-Georges Lafont, responsable secteur sud-ouest, représentent un marché en déve­lop­pement. Aujourd'hui mille hectares profi­tent d’une installation enterrée et 500 de surface. Une centaine de nouveaux hectares sont couverts chaque année. Les premières installations datent d’il y a cinq ans alors que les maraîchers utilisent la technique depuis vingt ans ! » 

Tous les types d’installation sont encore de­mandés aujourd’hui, hormis la couverture inté­grale, alors que la contrainte sur la res­source se renforce. « Il faut croire qu’elle n’est pas en­co­re assez forte et l’eau encore à un prix accep­table. Il n’y a aucune incitation financière pour la micro-irrigation alors que des subven­tions sont versées pour les pivots et les enrouleurs ». 

Une parcelle de dix hectares sera séparée en quatre blocs qui peuvent être gérés individuellement. (©Terre-net Média) 

L’installation des tuyaux préperforés a eu lieu au stade 4-5 feuilles du maïs, après un binage. L’écartement entre deux lignes de goutteurs dépend de la culture. En maïs, il faut compter une ligne de goutteurs pour deux rangs de culture. Le passage de la machine lors des chantiers de castration inquiétait l’agriculteur mais les tuyaux ont résisté. 

« Ils sont prévus pour », assure Louis-George Lafont. « C’est un autre avantage de la technique que de pouvoir arroser alors que les équipes travaillent dans la parcelle. » 

 

Le filtre, la pièce maîtresse 

Frédéric Honoré explique l’importance du filtre. Plusieurs systèmes existent : à tamis, à sable ou à disque, à choisir selon la qualité de l’eau et l’objectif. « J’entends parler de colmatage en goutte-à-goutte mais c’est forcément qu’il manque un système de filtration », s’emporte Frédéric Honoré. « La présence d’un filtre est indispensable ! C’est le cœur de l’installation, le premier poste de dépense. De lui dépendent la réussite et la qualité de l’irrigation. Et je préconise de choisir un filtre automatisé, capable de lancer une procédure de contre lavage du tamis si nécessaire ». 

Le coût de l’installation dépend de la configuration de la parcelle, du nombre de raccords. « Pour 20 hectares, il faut prévoir 1 200 à 1 500 €/ha. Et chaque année, compter 205 à 400 €/ha pour le renouvellement des tuyaux. A partir de 5 ha, il y a un intérêt. Mais plus la surface sera grande plus le coût du filtre sera dilué ». L’installation demande 5 à 6 h/ha, puis il faut consacrer quelques jours chaque année à la dépose et au remontage. Francis Bourges « s’inquiète de cette étape après la récolte. Le fabricant dit réfléchir à un produit à injecter dans les tuyaux pour le détruire. Ce serait idéal ». 

 

Caractéristiques techniques : 

  • Tuyaux en polyéthylène de 200 microns d’épaisseur. 
  • Récupération et recyclage à 100 % de toute la matière après sa dépose. 
  • Le débit de l’installation se limite à 7 m3 d’eau par hectare. Les goutteurs se situent tous les 30 à 50 cm et ont un débit de 0,7 à 1 l/h d’eau. Plusieurs régulateurs de pression disposés à plusieurs endroits font qu’elle arrive à 1 bar dans le champ.